Introduction

Archive des webémissions: La discrimination c’est plus que de l’ignorance

Cette semaine, nous discutons des réactions appropriées d’une personne handicapée confrontée à des préjugés et nous passons en revue une conférence donnée par Jocelyn Downie, militante du suicide assisté.

Archive des webémissions: La discrimination c’est plus que de l’ignorance

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray, et Taylor Hyatt discutent:

  • La discrimination c’est plus que de l’ignorance
  • L’oratrice à la Société Royale du Canada favorise l’expansion de l’euthanasie

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

LA DISCRIMINATION C’EST PLUS QUE DE L’IGNORANCE

  • Cette semaine, nous avons vu un commentaire (en anglais) publié sur Facebook par Emma van der Klift et Norm Kunc de Broadreach Training & Resources examinant comment les gens perçoivent la discrimination fondée sur le handicap par rapport à d’autres types de préjugés. Le commentaire décrivait une interaction entre Norm et les employés du service provoquée par une erreur dans sa réservation de vol, (qui l’aurait envoyé à Portland, dans le Maine, plutôt que pour Portland, dans l’Oregon). Les employés, qui « essayaient seulement d’aider, » ont interrogé Norm sur sa capacité de voyager et s’il savait où il allait.
  • Norm et Emma ont fait remarquer que si une personne croit que les femmes ou les personnes de couleur sont moins intelligentes ou moins capables que les hommes ou les blancs, cela est considéré (à juste titre) comme du sexisme ou du racisme. Mais si une personne se comporte comme si les personnes ayant une incapacité sont moins intelligentes ou moins capables, on parle de « manque d’éducation. » Ils ont souligné ce deux poids, deux mesures et ont expliqué pourquoi il est important de nommer ce comportement de ce qu’il est réellement; de la discrimination.
  • Emma et Norm ont parlé du lien entre sympathie et préjugés:
    • Bien que ces idées puissent sembler opposées, la sympathie et les préjugés coexistent souvent. Les auteurs ont donné l’exemple d’une personne qui a reçu une carte de sympathie à la naissance d’un enfant atteint du syndrome de Down, comme si c’était une tragédie.
    • Les personnes qui présentent cette forme de préjugé croient profondément qu’elles ont raison, ce qui justifie leur comportement condescendant.
    • Toute objection à une telle « gentillesse » est considérée comme une preuve que la personne avec une déficience ne sait pas de quoi elle a besoin et qu’elle a une mauvaise attitude.
  • Si l’employé de la compagnie aerienne n’avait pas vraiment d’idées préconçues sur la personne avec une déficience, l’interaction lui montrerait la vérité; dans ce cas, Norm était capable et savait où il allait. Le fait que la personne non handicapée n’ait pas respecté ses réponses à ses questions signifie qu’il se passait plus que de la simple ignorance.
  • Les personnes avec déficiences sont encouragées à faire preuve de « compréhension et de patience » face à de tels préjugés. Nous sommes censés excuser les mauvais comportements parce que c’est fait avec de « bonnes intentions. »
    • Ce n’est pas le cas pour les personnes de couleur; les femmes sont encore parfois accusées d’être « garces » ou de ne pas avoir le sens de l’humour si elles contestent un comportement sexiste.
    • En outre, les tiers sont censés dénoncer le racisme, le sexisme et l’homophobie lorsqu’ils en sont témoins.
    • Si nous ne parvenons pas à être « patients et compréhensifs, » nous sommes considérés comme « inadaptés » et exprimons notre amertume face à l’invalidité.
    • Ce qui doit être compris comme un échange politique se transforme en preuve de l’échec de la personne à faire face à son incapacité.
  • La colère que ressentent les femmes et les personnes de couleur en réponse à la discrimination est:
    • considérée comme une réaction appropriée aux méfaits de la bigoterie, et
    • un premier pas important pour changer le dialogue et instaurer la justice sociale.
  • Emma et Norm ont cité le médiateur international Adam Kahane, qui travaillait pour la Commission de vérité et de réconciliation sud-africaine. « Lorsque nous parlons poliment, nous suivons la ligne du parti, essayant de nous intégrer et ainsi de garder le système social intact et inchangé, même s’il peut être malade ou contrefait… Quand quelqu’un parle personnellement, passionnément du fond du coeur, la conversation s’approfondit. »
  • La politesse soutient le statu quo et montre que celui-ci fonctionne suffisamment bien pour maintenir le groupe défavorisé à sa place. Lorsque les personnes en situation de handicap refusent d’être polies, nous ne sommes ni amers, ni ingrats; nous affirmons que le statu quo ne fonctionne pas pour nous. La question qui se pose est la suivante: comment être impoli de manière à permettre à la culture dominante de comprendre que le statu quo ne fonctionne plus pour eux non plus?
  • Norm et Emma notent « qu’on ne peut favoriser la compréhension que par le dialogue. Mais on doit d’abord attirer l’attention! »
  • L’affirmation de soi est une solution individuelle. Il faut trouver un équilibre entre péter les plombs et ramollir.
    • On peut utiliser, gérer et diriger la colère pour dire la vérité sur ce qui se passe.
      • Il peut être difficile d’harnacher la colère qui résulte d’une vie de discrimination. Laisser sortir un peu à la fois et l’utiliser, malgré la pression de blessures non résolues venant d’en dessous, peut être comme essayer de prendre une cuillère de lave sur un volcan.
      • D’un autre côté, on enseigne aux personnes avec déficiences depuis l’enfance à se conformer aux règles, à ne pas reconnaitre que leurs droits sont bafoués, de sorte qu’il peut être difficile de déterminer quand et dans quelle mesure réagir.
    • Indiquer clairement ce qui est nécessaire.
    • Il peut être impossible de résoudre le problème avec le prestataire qui vous sert; leur esprit est peut-être trop fermé. Préparez-vous à recommencer avec un superviseur.
  • Si l’affirmation de soi est l’option individuelle, quelle est la solution collective?
    • Une idée est de travailler au sein du système aussi longtemps que cela donne des résultats, puis de sortir du système avec des mesures directes et des protestations; ou
    • La technique du « bon flic-méchant flic, » où deux groupes de militants des droits des personnes en situation de handicap travaillent sur le même sujet au même moment; un groupe représente les valeurs du courant dominant et pose des questions gentiment, tandis que l’autre formule des revendications et prend des mesures directes pour obtenir des résultats.
    • Y a-t-il d’autres options?
  • Et enfin, comment équilibrons-nous l’honnêteté avec la nécessité de faire passer notre message lorsque nous travaillons sur la question du suicide assisté et de l’euthanasie (le SA & E)?
    • Même les mots que nous utilisons rendent parfois les gens mal à l’aise? Quand on parle de mort hâté, que signifient le « suicide assisté et l’euthanasie » ou « l’aide médicale à mourir » ou « mourir dans la dignité? »
    • Les militants avec déficiences qui s’opposent au SA & E sont-ils trop agressifs? Dans son article intitulé « Views of disabled people regarding legalized assisted suicide before and after a balanced informational presentation, » la Dre. Carol Gill cite un sondage de 1999 sur la nouvelle mobilité, selon lequel 37% des personnes ayant des incapacités qui soutiennent le suicide assisté déclaraient craindre les critiques d’autres personnes avec déficiences s’ils expriment ce point de vue. Dans une autre étude, 53% des répondants pensaient qu’une personne avec une déficience serait critiquée par d’autres personnes en situation de handicap si elle soutenait l’aide au suicide.
  • Comme le soulignent Emma et Norm, ​​les personnes ayant une incapacité en ont assez de devoir toujours éduquer le public, de surmonter les obstacles et de lutter contre l’intolérance. Nous devons être conscients que, prendre une pause, est un luxe dont nous avons parfois besoin, mais que toutes les personnes avec déficiences ne peuvent se permettre. Aucune règle ne dit que nous devons faire face à toutes les barrières et persuader patiemment toute personne qui nous pilonnent avec pitié. Mais lorsque nous le faisons, nous ne le faisons pas pour nous-mêmes, nous le faisons pour les personnes avec déficiences qui nous suivent.

L’ORATRICE À LA SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA FAVORISE L’EXPANSION DE L’EUTHANASIE

  • Jocelyn Downie a fait l’éloge des progrès réalisés en matière d’accès à la mort médical lors d’une conférence qui a eu lieu plus tôt ce mois-ci au nom de la Société royale du Canada (SRC). Dr Downie est membre du corps professoral du Health Law Institute de l’Université Dalhousie, membre de la SRC et défenseur éminent du SA & E au Canada. La Dre. Downie a donné un discours à environ 40 personnes le 15 mars à Ottawa au sujet de « L’aide médicale à mourir: les prochaines étapes pour le Canada », dans le but de rendre le SA & E disponible pour davantage de personnes, avec moins de restrictions.
  • La Dre. Downie a déclaré que les définitions de certains termes de la loi imposaient des barrières inconstitutionnelles aux personnes qui souhaitaient le SA & E, y compris le problème de santé qui rend la personne admissible, et l’exigence selon laquelle le décès de la personne doit être « raisonnablement prévisible. »
  • Elle a déclaré que la définition de « problème de santé grave et irrémédiable » contenue dans le projet de loi C-14 allait à tort au-delà des termes utilisés dans la décision Carter en 2015, en exigeant que la maladie ou le handicap soit « incurable » et que « sa situation médicale se caractérise par un déclin avancé et irréversible. »
  • Elle a également qualifié « d’inconstitutionnelle » l’exigence que le décès soit « raisonnablement prévisible » et a dit espérer que les tribunaux saisis des affaires Lamb et Truchon / Gladu arriveraient à la même conclusion. Elle a déclaré que le procureur général du Canada ne devrait pas défendre ces dispositions de la loi sur l’aide médicale à mourir (l’AMM).
  • Mme Downie a semblé déçue que le procureur général n’envisage pas de proposer aucun amendement pour élargir l’admissibilité à la suite de la publication des rapports du Conseil des académies canadiennes en décembre dernier. Elle a exprimé l’espoir que la Société royale du Canada recommanderait d’étendre l’éligibilité aux mineurs matures, aux personnes incompétentes par le biais de directives préalables et aux personnes qui demandent le SA & E pour maladie mentale.
  • La Dre. Downie a décrit une stratégie à plusieurs facettes, notamment des projets de loi fédérale et provinciale, des recours en justice et la fourniture de services directs aux médecins et aux particuliers afin d’accroître le nombre de prestataires et de faciliter le processus d’évaluation. Cela inclut la formation de volontaires pour qu’ils agissent en tant que témoins d’une demande d’euthanasie, ainsi que des propositions visant à alléger les exigences de capacité.
  • Elle a déclaré qu’il n’y a aucune indication que des personnes inéligibles sont euthanasiées ni que des garanties sont ignorées, ni signe d’une pente glissante, malgré le fait que près de 8 000 euthanasies aient été enregistrées jusqu’en décembre 2018. Personne dans le public amical n’a contesté ces affirmations, pourtant elles sont fausses (voir notre rapport de statistiques et la webémission de 14 décembre 2018).