Introduction

Archive des webémissions: La journée internationale de la femme – l’incapacité et le fémicide – partie II

Cette semaine, nous examinons certains des facteurs uniques qui rendent les femmes plus susceptibles d’opter pour le suicide assisté.

Archive des webémissions: La journée internationale de la femme – l’incapacité et le fémicide – partie II

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck et Christian Debray discutent:

  • La journée internationale de la femme – l’incapacité et le fémicide – partie I

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME: L’INCAPACITÉ ET LE FÉMICIDE – PARTIE II

  • Le 8 mars, nous avons expliqué que les femmes avec déficiences sont plus susceptibles que les hommes ayant une incapacité ou les femmes non handicapées de subir les formes les plus graves de violences domestiques, y compris le meurtre. Cette semaine, nous poursuivons notre discussion sur le fémicide avec des facteurs qui rendent les femmes handicapées plus vulnérables au suicide assisté et à l’euthanasie (le SA & E).  Avant que nous commencions, nous voulons présenter nos excuses pour le nombre d’articles disponible seulement en anglais dans notre webémission.  Nous n’avons pas pu trouver d’articles équivalents en Français.
  • Dans son article de 1996 intitulé « Gender, Feminism and Death: Physician-Assisted Suicide and Euthanasia », la professeure Susan Wolf a déclaré que le sexe influait sur le nombre, les raisons, l’approbation et le débat public sur le suicide assisté et l’euthanasie.
  • Plus de femmes que d’hommes peuvent mourir par le SA & E.
    • Au cours des années 1990, « entre 68% et 72% » des personnes décédées aux mains de Jack Kevorkian étaient des femmes, selon la professeure Katrina George.
    • Une étude sur les suicides en Suisse a révélé que le taux de suicides non assistés était plus élevé chez les hommes que chez les femmes (71% à 29%), mais que le nombre de suicides assistés était légèrement plus élevé chez les femmes que chez les hommes (57% à 43%). Cela semble corroborer la conviction de la professeure George que plus de femmes meurent dans des pays où les règles régissant la pratique sont les plus lâches.
    • Le mode de décès peut également affecter les choix des hommes et des femmes. Katrina George a constaté que bien qu’un nombre égal d’hommes et de femmes optent pour l’euthanasie (ce qui ne nécessite aucune participation de la personne qui va mourir), davantage d’hommes choisissent le suicide assisté, où la personne doit prendre des mesures pour provoquer leur propre décès.
    • De plus, les propositions d’autoriser l’euthanasie uniquement pour les maladies mentales semblent avoir un impact plus important sur les femmes. Au lieu d’une tentative de suicide empêchée et reconnue comme un appel au secours, le SA & E garantie à ce que de telles tentatives soient abouti. Aux Pays-Bas, une étude sur l’euthanasie pour des raisons psychiatriques a révélé que 70% (46 sur 66) des victimes étaient des femmes.
  • Les femmes choisissent le SA & E pour des raisons différentes de celles des hommes.
    • Les femmes font face à des pressions économiques uniques que ne partagent pas les hommes :
      • Elles ont tendance à travailler dans des domaines moins payants, tels que le secteur des services et la garde d’enfants;
      • Même lorsque les femmes occupent les mêmes emplois que les hommes, elles sont souvent moins bien payées;
      • Le cheminement professionnel des femmes peut être interrompu en prenant des congés parentaux ou en choisissant de travailler à temps partiel, limitant ainsi leur potentiel de gain;
      • Lorsque les femmes sont monoparentales, les dépenses de leur ménage sont généralement plus élevées que celles des hommes célibataires qui n’ont pas la garde des enfants à plein temps;
      • Un nouveau rapport du Réseau d’action des Femmes Handicapées du Canada (RAFH) montre que les femmes en situation de handicap travaillant à temps plein gagnent environ 2 250 dollars de moins par an que les femmes non handicapées.
    • Les femmes vivent plus longtemps et font face à des séquelles de santé et financiers:
      • Katrina George dit que vivre plus longtemps expose les femmes à la maladie et à l’incapacité, au besoin d’aide pour les soins personnels (qui peut uniquement être disponible dans une maison de retraite) et au décès d’un conjoint.
      • Alors que la professeure George souligne que le taux de suicide des femmes âgées ne sont pas plus élevé, une professeure à la Colorado State University – Silvia Canetto – indique qu’un nombre égal de femmes choisissent l’aide au suicide que d’hommes. Canetto affirme que cela pourrait expliquer la surreprésentation des femmes blanches d’âge moyen dans le mouvement en faveur de l’euthanasie.
    • Les femmes, en particulier les femmes en situation de handicap, ont de plus grands besoins en matière de santé et reçoivent des soins de santé plus nombreux, mais moins efficaces.
      • Dans son article, Katrina George cite des études selon lesquelles les femmes reçoivent moins de traitements et de procédures cardiaques que les hommes et ont de pires résultats;
      • Elle a également constaté que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de recevoir une gestion de la douleur inadéquate. Cette conclusion est reprise dans un commentaire publié en 2008 dans le Journal of Ethics de l’American Medical Association, selon lequel les médecins attribuaient souvent la douleur des femmes à un état psychologique. (« Tout est dans la tête! ») Selon le rapport de RAFH, « les problèmes de santé qui se répercutent démesurément sur les femmes, comme le syndrome de fatigue chronique, sont moins bien compris que les problèmes associés aux hommes, comme les lésions de la moelle épinière »
      • Une étude réalisée en 2013 par le RAFH cite un sondage national canadien indiquant que les adultes avec déficiences déclaraient trois fois plus de besoins non satisfaits en matière de santé que la population non handicapée
      • Le RAFH a également noté que les femmes ayant une déficience intellectuelle courent un plus grand risque de cancer de la leucémie, de l’utérus et du cancer colorectal.
      • Le rapport RAFH a révélé que les personnes en situation de handicap « ont fait l’objet d’un dépistage et d’un diagnostic tardif et d’expériences de traitements difficiles dues aux connaissances limitées des prestataires de soins oncologiques sur les interactions entre le cancer et des « affections préexistantes ». »
    • Les femmes handicapées font face à d’autres obstacles aux soins de santé:
      • Un manque d’informations dans un langage simple et dans des formats accessibles,
      • Un manque de soutien et d’assistance au centre de dépistage;
      • Des expériences négatives dans l’enfance avec des professionnels de la santé, notamment le fait d’être forcé de se déshabiller et d’être examiné par des groupes de praticiens;
      • Des obstacles physiques, tels que des tables d’examen ou d’équipements inaccessibles;
      • Un manque de connaissances sur la santé reproductive, en raison de membres de la famille surprotecteurs;
      • Mettre l’accent sur la « guérison » et la normalisation plutôt que sur le confort, la santé et le bien-être;
      • Des services auxiliaires inadéquats;
      • L’absence de couverture d’assurance ou de financement pour les médicaments, équipements ou procédures nécessaires; et
      • Le transport inflexible ou peu fiable.
    • La professeure Wolf pense que les femmes choisissent parfois l’aide au suicide pour échapper à des situations dangereuses et oppressives. Cela peut arriver lorsqu’une femme se sent emprisonnée dans une relation de violence ou lorsqu’elle ne voit pas le moyen de sortir de soins institutionnels inhumains.
    • Certaines des raisons pour lesquelles les femmes demandent le SA & E sont basées sur des stéréotypes de genre.
      • La professeure Wolf associe les suicides assistés par des femmes à la « longue histoire d’images culturelles vénérant le sacrifice et l’autosacrifice des femmes. »
      • Katrina George note que les « bonnes » femmes sont supposées sacrifier leurs propres intérêts au profit des besoins des autres.
  • Les médecins sont plus susceptibles d’approuver les demandes d’euthanasie émanant de femmes.
    • La professeure Wolf pense que les médecins sont susceptibles d’approuver le suicide assisté d’une femme s’ils pensent que sa vie est devenue « sans signification » et « un fardeau, » parce qu’elle ne peut plus s’occuper des autres.
    • La professeure George cite une étude de 252 médecins australiens selon laquelle, compte tenu de sa « perception de la détresse émotionnelle et du désespoir d’un patient, associée à une formation psychologique limitée et à sa propre difficulté à prendre soin du patient, le médecin peut être plus enclin à hâter la mort du patient. »
  • Le genre influence le débat public sur l’euthanasie.
    • La professeure Wolf a déclaré qu’une grande partie du débat au début avait été centrée sur les cas de femmes, y compris celles tuées par Jack Kevorkian. Elle note également que les images dans ces cas « ont une longue lignée culturelle… une longue histoire de représentations de femmes victimes de sacrifice et d’abnégation. » Elle ajoute que même si nous discutons rationnellement des questions d’autonomie et d’interdépendance, l’autodétermination et la discrimination, nous pouvons être motivés par des images du sacrifice de soi des femmes qui donnent au SA & E une certaine logique de genre et qui sont ressenties comme correctes.
  • Les effets de la discrimination combinée: un nouvel article de Silvia Canetto, parle du manque d’approbation du SA & E chez les femmes de couleur. Mme Canetto note que les femmes de couleur ayant moins accès aux ressources financières et faisant face à une discrimination accrue dans le système de santé, elles sont moins susceptibles de faire confiance à un processus supervisé par des médecins, des compagnies d’assurance et des prestataires de soins de santé publics.
  • Dans son témoignage devant le Comité mixte fédéral sur l’aide médicale à mourir, Carmela Hutchison, ancienne présidente de RAFH, a raconté l’histoire de Misty Franklin, atteinte d’une incapacité à la suite de violence conjugale, qui a finalement choisi de mettre fin à ses jours parce qu’elle manquait les moyens pour contrôler où et comment elle vivait.  Elle a expliqué que la vie et la mort de Misty Franklin reflètent le lien entre sexisme et discrimination fondée sur le handicap.
    • Mme Franklin a grandi dans un ménage « violent. »
    • Elle a rencontré Trevor Fontaine, « [un] homme avec un historique criminel lourd d’agressions sexuelles et de violence conjugale. » en septembre 2003, à l’âge de 24 ans. Trois mois plus tard, il l’a poignardée à la nuque avec une paire de ciseaux lors d’une dispute. Quand elle s’est réveillée du coma, Misty était tétraplégique et devait utiliser un respirateur.
    • Le manque de ressources (les soins à domicile, la bonne gestion de la douleur et les services de santé mentale, par exemple) signifiait que Misty passait la majorité de son temps isolée et en souffrance. Les quelques soutiens qu’elle pouvait obtenir l’obligeaient à vivre loin de ses filles, de sa famille et de ses amis.
    • Mme Franklin a fixé à l’automne 2013 la date à laquelle son respirateur serait enlevé. Cependant, à l’approche de la date, elle réalisa que « le temps passait trop vite. Elle avait des choses à faire » elle a donc repoussé sa mort. Elle a finalement suivi son plan et est décédée en janvier 2014.
  • Nous étions ravis de voir le nouvel article de Silvia Canetto, qui renforçait beaucoup de points que nous voulions faire valoir. C’était une honte (si pas un choc) alors de découvrir que l’opposition des personnes en situation de handicap au SA & E était complètement absente de son texte et de ses idées. Cela montre simplement que lorsque le sujet est l’intersection de deux ou plusieurs types de discrimination, il y a de fortes chances que quelqu’un y perde.