Archive des webémissions: 18/06/15

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray, et Taylor Hyatt discutent:

  • Un nouveau rapport du CDC sur la hausse des taux de suicide aux États-Unis
  • L’Association médicale américaine continue d’étudier sa position sur le suicide assisté

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

UN NOUVEAU RAPPORT DU CDC SUR LA HAUSSE DES TAUX DE SUICIDE AUX ÉTATS-UNIS

  • Cette semaine, les Centres de prévention et de contrôle des maladies aux États-Unis ont publié un rapport sur les tendances des taux de suicide de 1999 à 2016. La plupart des données ont été tirées des rapports de « National Vital Statistics », des personnes âgées de 10 ans et plus.
  • Le plus gros « titre » du rapport est que les taux de suicide ont augmenté de 30% depuis 1999. Le suicide est la dixième cause de décès aux États-Unis. En 2016, près de 45 000 personnes se sont suicidées. Les adultes âgés de 45 à 64 ans ont montré la plus forte croissance de suicides, passant de 13 personnes pour 100 000 en 1999 à 19 pour 100 000 en 2016. La plupart des suicides viennent aussi de ce segment démographique; 232 108 personnes âgées de 45 à 64 sont décédées.
  • L’enquête ne comprend pas les suicides assistés. Les États où le suicide assisté était légal pendant la période de l’étude (l’Oregon, Washington, et le Vermont) ne comptent pas le suicide assisté dans leurs statistiques de « suicide ».
  • Les taux de suicide ont grimpé dans tous les États, sauf au Nevada; dont le nombre était élevé tout au long de l’étude. Des augmentations supérieures à 30% ont été constatées dans la moitié des états, et il y avait 12 états ou la hausse variait de 38% à 58%. La plus forte croissance des taux de suicide au cours de ces 17 années était de 58% au Dakota du Nord. Dans l’ensemble, le nombre de suicides a augmenté de 1,5% par année. Chez les hommes, le taux de suicide s’est élargi de 1,1% chaque année; le gain annuel chez les femmes était de 2,6%.
  • Certains des facteurs contributifs mentionnés par les chercheurs comprennent:
    • Être un homme;
    • Appartenant à une minorité raciale;
    • Les problèmes relationnels, y compris les ruptures ou des décès;
    • Les problèmes juridiques;
    • L’expulsion ou perte de la maison;
    • Problèmes de santé physique;
    • Les problèmes d’emploi ou financiers;
    • L’accès à des moyens létaux parmi les personnes à risque; et
    • De mauvaises capacités d’adaptation et de résolution de problèmes.
  • Puisque « la prévention du suicide se concentre principalement sur … les traitements de santé mentale et la prévention des tentatives », les facteurs sociaux et économiques, y compris ceux liés à l’incapacité et à l’isolement, sont négligés.
  • En réponse à un projet de loi de 2012 parrainé par Harold Albrecht, le Canada a créé un cadre national de prévention du suicide en 2016. Ce cadre énonce les objectifs stratégiques, les principes directeurs et les engagements du gouvernement du Canada en matière de prévention du suicide.
  • Il examine qui est susceptible de considérer le suicide et pourquoi, et aborde brièvement le rôle que joue les organismes gouvernementaux et sans but lucratif en prévenant le suicide. Mais la plupart des actions proposées sont liées à la diffusion de l’information, à la « sensibilisation », à la poursuite de la recherche et à la « définition » des pratiques exemplaires. Pendant ce temps, près de 4 000 personnes ont perdu la vie depuis que le SA & E ont été légalisés il y a deux ans.
  • Le cadre canadien de prévention du suicide ne dit pas grand-chose au sujet du handicap. Les personnes ayant des incapacités font partie des groupes pour lesquels des « lacunes dans les connaissances » existent dans la recherche actuelle. Les soutiens aux anciens combattants des Forces armées canadiennes avec déficiences sont également mentionnés. Et c’est tout pour les références à l’incapacité.
  • Le mot « suicide » n’est défini nulle part dans le document.
  • Enfin, bien que le cadre ait été adopté après l’adoption de la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie au Canada, il n’y a aucune mention de ces pratiques.
  • Le Canada pourrait apprendre beaucoup du plan de prévention du suicide conçu par le Centre de ressources en prévention du suicide pour l’État du Connecticut. Outre la collecte de données nécessaire, il comprend une grande variété de procédures pratiques pour atteindre les groupes défavorisés avant, pendant et après une crise. Le plan recommande :
    • La formation obligatoire sur la prévention du suicide pour les travailleurs sociaux et les fournisseurs de services de santé mentale autorisés;
    • L’intégration de la prévention du suicide dans la formation du personnel des centres de lutte contre la violence familiale et des services juridiques spécialisés dans les populations immigrantes;
    • L’intégration de la prévention du suicide dans les programmes scolaires;
    • Relier les salles d’urgence des hôpitaux aux organismes spécialisés en soins ambulatoires; et
    • Offrir des services d’évaluation dans des lieux « atypiques », comme les lieux de culte et les centres communautaires.
  • Le plan du Connecticut comprend également des dispositions spécifiques relatives à l’incapacité:
    • Il identifie les facteurs de risque spécifiques à l’incapacité pour les tendances suicidaires, y compris :
      • Les changements dans l’état de santé;
      • Les difficultés à obtenir les services sociaux et financiers;
      • Le stress de la stigmatisation et de la discrimination chronique;
      • La perte ou menace de perte de soutien à la vie autonome; et
      • L’institutionnalisation ou l’hospitalisation.
    • Le plan du Connecticut cite des défenseurs et des chercheurs ayant une expérience personnelle d’incapacité, notamment les professeurs Carol Gill et Bill Peace.
    • Le plan recommande également:
      • De former les praticiens à travailler spécifiquement avec les personnes avec déficiences;
      • D’éviter l’hypothèse que le suicide est une réponse raisonnable à l’incapacité; et
      • De se concentrer plutôt sur la santé mentale et d’autres circonstances sociales qui pourraient rendre la vie insupportable, indépendamment d’une déficience existante.
  • Dans une tendance inquiétante, les organismes de prévention du suicide continuent d’essayer de redéfinir le suicide pour exclure les décès facilités par la profession médicale. En 2016, l’Association canadienne pour la prévention du suicide a publié une déclaration disant qu’ils « ne parlent pas du suicide » lorsqu’ils font référence à « l’aide médicale à mourir ». Ils sont censés être deux actes différents, avec des intentions différentes. (Nous avons discuté de la distinction dans notre webémission du 26 aout 2016.) De même, l’Association américaine de suicidologie (AAS) a déclaré que « les décès assistés par un médecin ne devraient pas être considérés comme des cas de suicide » l’année dernière. En réponse, les défenseurs de Not Dead Yet aux États-Unis ont distribué des fiches d’information à la conférence annuelle de l’AAS en avril dernier. L’analyste de recherche de NDY Stephen Drake a déclaré que le groupe avait commencé à tort « à réduire sa mission … en déclarant que les suicides de certaines personnes ne sont pas de vrais suicides ».
  • En outre, l’élargissement des critères d’admissibilité érode l’idée même de prévention du suicide. Le Conseil des académies canadiennes envisage d’étendre l’admissibilité au programme du SA & E du Canada aux mineurs matures, aux personnes ayant une incapacité psychiatriqueet aux personnes incompétentes au moyen d’une directive avancée; suivez les liens pour nos webémissions à ces sujets. (Leurs recommandations sont attendues en décembre). Alors que les Pays-Bas et la Belgique ont euthanasié un nombre toujours plus grand de personnes atteintes de maladies mentales, ou qui sont « fatigués de la vie », les facteurs de risque suicidaires deviennent maintenant des raisons valables pour justifier l’euthanasie.

L’ASSOCIATION MÉDICALE AMÉRICAINE CONTINUE D’ÉTUDIER SA POSITION SUR LE SUICIDE ASSISTÉ

  • Vous vous rappelez peut-être que nous avons rapporté dans notre webémission du 18 mai que le Conseil sur les affaires éthiques et judiciaires (CEJA) de l’American Medical Association recommandait que l’AMA continue à s’opposer au suicide assisté comme étant « fondamentalement incompatible avec le rôle du médecin comme guérisseur » et à éviter des euphémismes tels que  « l’aide à mourir » et « mourir dans la dignité. »
  • Lors de la réunion annuelle de l’Association cette semaine, 56% des délégués ont voté pour renvoyer l’affaire au CEJA pour une étude plus approfondie. La politique actuelle restera en place jusqu’à ce qu’un nouveau vote soit pris.
  • M. Matt Vallière, directeur général du « Patients’ Rights Action Fund » a souligné que renvoyer la question au comité était « une occasion perdue et un échec à s’opposer à une politique qui a de graves conséquences pour tout le monde, mais surtout pour les personnes malades, handicapées ou désavantagées de façon socio-économique. Le suicide assisté n’est pas un soin médical. »