Archive des webémissions: 18/03/23

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray et Taylor Hyatt discutent:

  • L’incapacité et la crise des opioïdes

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

L’INCAPACITÉ ET LA CRISE DES OPIOÏDES

  • Cette semaine, nous parlons de la « crise des opioïdes » et de son impact sur les personnes en situation de handicap. Pour beaucoup de gens, la première image qui vient à l’esprit lorsqu’on entend parler de la « crise des opioïdes » est celle d’une personne qui, dépendante aux analgésiques prescrits par un médecin, meurt d’une surdose de ce médicament.
  • La « crise des opioïdes » courante n’est que la dernière répétition du cycle d’hystérie antidrogue qui a marqué la politique des drogues en Amérique du Nord pendant un siècle. Les cycles précédents se concentraient sur l’alcool, la marijuana, la cocaïne, les psychédéliques et, bien sûr, les opioïdes. Quelques caractéristiques du cycle d’hystérie antidrogue:
    • Exagération du nombre de toxicomanes
    • Les mesures d’interdiction sont augmentées
      • Les prix des drogues augmentent et les gens commettent des crimes pour obtenir l’argent pour en acheter.
      • les drogues sont mélangées avec d’autres substances et de nouvelles drogues sont développées, ce qui entraîne des composés plus dangereux, menant à plus de décès.
    • Les gouvernements utilisent des taux de criminalité élevés pour justifier des pénalités croissantes pour les infractions en matière de drogue ainsi que des augmentations de budgets pour la police, au lieu de fournir des services de traitement pour la toxicomanie. Les pauvres et les personnes de couleur portent le poids des sanctions pénales, des difficultés sociales et économiques.
    • La publicité alarmiste (des slogans sur la prévention de la toxicomanie, des légendes urbaines et des allégations exagérées du risque) attire une attention ciblée sur la drogue, plutôt que d’avertir les gens, rendant ainsi la drogue plus populaire.
    • Les autorités policières et les groupes de crimes organisés bénéficient d’un financement accru et de profits plus élevés.
    • Finalement, quelqu’un se rend compte (ou se souvient) que ces politiques n’ont jamais marché et qu’elles causent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. La publicité est atténuée et les lois sévères sur les drogues peuvent être abrogées ou non.
  • Un communiqué de presse de 2017 des sénateurs américains John McCain et Kirsten Gillibrand a affirmé que les problèmes commencent souvent avec des médicaments administrés après « une fracture osseuse ou une extraction de dents de sagesse ». Cependant, cette allégation exagérée est erronée.
  • Premièrement, l’Administration de la toxicomanie et des services de santé mentale (la SAMHSA) aux États-Unis a déclaré que seulement 22 pour cent des analgésiques mal utilisés avaient été prescrits par des médecins en 2013 et 2014. Environ la moitié provenait d’amis ou de parents. Le reste a été volé, acheté par l’entremise d’un vendeur ou obtenu par de multiples ordonnances.
  • Deuxièmement, la substance létale est rarement l’antidouleur lui-même, comme le Vicodin (qui contient de l’hydrocodone, ou le Percocet, (qui contient de l’oxycodone). En fait c’est un cocktail létal des médicaments forts prescrits (comme le fentanyl) utilisés hors d’ordonnance, et des drogues illicites (comme l’héroïne). Cette combinaison a été trouvée dans les deux tiers des décès liés aux opioïdes en 2016, selon les Centers for Disease Control and Prevention aux États-Unis. Les fonctionnaires américains croient que les médicaments contrefaits, mal étiquetés et recomposés contenant du fentanyl sont vendus sous forme d’analgésiques doux ou de médicaments anti-anxiété.
  • Les taux de toxicomanie sont également beaucoup plus bas que ne le laissent croire les nouvelles sensationnalistes. Une étude menée en 2016 par la SAMHSA a révélé que, sur les 87,1 millions d’Américains qui utilisaient des opioïdes prescrits cette année-là, seulement 1,6 million (ou deux pour cent) développait des troubles liés aux opioïdes. Une revue des études médicales de la base de données de la librairie Cochrane a montré que « l’utilisation d’opioïdes à long terme et à forte dose pour traiter la douleur liée à des troubles neurologiques, musculosquelettiques ou inflammatoires » entraînait des taux de dépendance inférieurs à 1%.
  • La crainte de favoriser la dépendance a amené les professionnels de la santé à mettre en place plusieurs mesures dérangeantes, qui tombent surtout sur les épaules des personnes en situation de handicap. Les programmes de surveillance au niveau de l’État empêchent les ordonnances d’être remplies dans plusieurs pharmacies. Le personnel de ces pharmacies détourne les patients et les interroge sur l’objectif des ordonnances. Les médecins ont peur d’être pénalisés pour avoir prescrit des opioïdes au-delà des directives de l’État, alors ils refusent de traiter les gens qui ont besoin de ces médicaments. Ces patients « abandonnés » sont laissés seuls à faire face au sevrage brusque ainsi qu’à la douleur sous-jacente.
  • Pour les personnes avec déficiences ou atteintes de maladies chroniques, l’utilisation d’opioïdes peut augmenter l’indépendance et la qualité de vie. La douleur chronique affecte tous les aspects de la vie, de l’humeur (la douleur est liée à la dépression) à la qualité du sommeil, ainsi qu’à l’accomplissement des activités quotidiennes. Le manque de soulagement de la douleur peut entraîner des sentiments ou un comportement suicidaire. En 2015, le taux de suicide chez les personnes souffrant de douleur chronique était de 23/100 000, soit près du double du taux normal de suicide.
  • Un grand nombre de mythes entourant la douleur chronique provient de l’ignorance et des idées morales dépassées sur la cause et les effets de la maladie. Ces mythes comprennent:
    • La douleur chronique n’est pas si pire, on s’y habitue après un certain temps;
    • Si on peut faire quelque chose un jour, on doit être capable de le faire le jour suivant;
    • Si une personne est tirée à quatre épingles, elle ne peut pas avoir beaucoup de mal;
    • La douleur chronique est seulement dans la tête;
    • Si on est traité avec des analgésiques, on ne ressent aucune douleur;
    • Si on prend des opiacés contre la douleur, on doit être un toxicomane, ou les personnes qui prétendent souffrir ne sont que des toxicomanes qui essaient de se procurer de la drogue.
    • Les personnes qui prennent des analgésiques sur ordonnance sont faibles ou paresseuses;
    • Les personnes souffrant de douleurs chroniques ne sont que des plaignants qui veulent de l’attention.
  • La plupart de ces mythes sont des tentatives de nier que la douleur chronique existe. Ce que la plupart des gens ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, c’est que la douleur intense, chaque jour, abîme une personne. De plus, faire face à un système médical qui fonctionne selon ces mythes rend la recherche d’un traitement efficace de la douleur encore plus difficile. Enfin, la dépendance est considérée comme si terrible que la société est prête à laisser les gens souffrir plutôt que de soulager leur douleur.
  • Il y a environ un siècle, beaucoup de gens de la classe moyenne et des professionnels poursuivaient une vie ordinaire tout en étant dépendants de l’opium, de la morphine ou d’autres drogues opiacées. Alors qu’il était abordable et facile à obtenir, l’opium ne posait pas plus de problèmes que l’alcool dans la société. « La mort d’une surdose d’héroïne » était inconnu, même si beaucoup de gens en utilisaient de grandes quantités quotidiennement. Il n’y avait pas de marché noir, l’opium était taxé et réglementé (les producteurs de médicaments en vente libre devaient indiquer clairement la quantité d’opium sur les étiquettes de leurs produits). Les problèmes sociaux qui sont maintenant liés à l’abus de drogues et à la toxicomanie (pauvreté, criminalité, effondrement social) ont été causés non pas par la drogue, mais en la rendant illégale. La peur de la dépendance ne devrait pas être utilisée pour priver les gens du soulagement nécessaire de la douleur.