Archive des webémissions: 18/03/16

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray et Taylor Hyatt discutent:

  • Bulletin d’informations : un ontarien réclame des soins à domicile autogérés au lieu du suicide assisté
  • L’incapacité, les stéréotypes, et le suicide assisté – partie 2
  • Un reportage de la CBC sur le suicide assisté dans les prisons canadiennes

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

BULLETIN D’INFORMATIONS :  UN ONTARIEN RÉCLAME DES SOINS À DOMICILE AUTOGÉRÉS AU LIEU DU SUICIDE ASSISTÉ

  • Le « CTV News » rapporte que Roger Foley, âgé de 42 ans, de London, en Ontario, a lancé une poursuite devant la Cour supérieure de l’Ontario contre les procureurs généraux de l’Ontario et du Canada, ainsi que plusieurs organismes de santé et de services sociaux, réclamant des soins à domicile autogérés. Foley a été hospitalisé il y a deux ans après que des préposés à domicile fournis par des agences recrutés par le Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) ont mis en péril sa vie et sa santé à plusieurs occasions. Sa demande pour le programme de services de soutien personnel autogéré de l’Ontario a été refusée, et les retards administratifs ont bloqué l’appel de son refus.
  • La plainte allègue que l’hôpital Victoria et le RLISS « ont violé les droits de M. Foley à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne lorsqu’ils ont rencontré M. Foley pour discuter de la libération forcée ou de l’aide médicale à mourir sans fournir à M. Foley aucune option de soutien à domicile autogéré, sûre et disponible, qui atténuerait considérablement ses souffrances irrémédiables et intolérables. »
  • Pour plus d’informations, visitez le site internet http://assistedlife.ca.

L’INCAPACITÉ LES STÉRÉOTYPES, ET LE SUICIDE ASSISTÉ

  • Aujourd’hui, nous poursuivons notre discussion sur l’incapacité et les stéréotypes, en examinant l’effet des stéréotypes sur le suicide assisté et l’euthanasie (le SA & E). La semaine dernière, nous avons examiné des images médiatiques communes des personnes en situation de handicap, comme étant dépendantes, amères et apitoiement sur eux-mêmes, méchant, bizarre ou « super-invalide ». Dans leur article de 2007 (en anglais seulement) examinant 18 films où le personnage central a une incapacité, Rhonda S. Black et Lori Pretes ajoutent le stéréotype « mieux mort qu’handicapé » à cette liste.
  • Des films comme « Avant Toi » et « Million-Dollar Baby » montrent des personnages qui rejettent leur identité de personne en situation de handicap nouvellement acquise. Dans ces univers alternatifs, il n’existe pas de vie autonome, d’environnements accessibles, de droits des personnes avec déficiences ou d’autres personnes ayant des incapacités qui sont satisfaites de leur vie. « La guérison » ou « la mort » sont les seules options acceptables.
  • Puisqu’un remède n’est pas possible, la personne nouvellement atteinte d’une déficience peut seulement « échapper » à « l’horreur » de l’incapacité par la mort. Quiconque tente de décourager leur autodestruction est considéré comme un fouineur qui « ne comprend rien » de la situation « désespérée » du personnage.
  • Ces films décrivent la déficience comme provoquant « la dépendance, la misère et la privation d’autonomie », alors que ces problèmes sont réellement causés par les politiques publiques, les préjugés et les barrières externes. Sans le soutien affectif nécessaire et d’autres ressources, le suicide est considéré comme une réponse raisonnable à l’incapacité, même s’il est quand même assez choquant pour attirer les téléspectateurs.
  • Lorsque ces personnages choisissent de mourir, ils sont considérés comme des exemples de courage et de détermination. Ils font (supposément) un libre choix, sans obstacles ni contraintes; et utilise leur volonté pour renverser ceux qui s’opposent à leur décision pour des raisons égoïstes ou arbitraires.
  • La couverture médiatique des personnes qui veulent mettre fin à leurs jours, comme Gloria Taylor (qui était « fougueuse et déterminée », « héroïque »), Brittany Maynard et Jerika Bolen, ressemble à ces scénarios fictifs. Mme Maynard a été qualifiée de « courageuse » et les espoirs de « liberté » de Mlle Bolen ont été largement diffusés. Le stéréotype « mieux mort qu’handicapé » est une variante de « la pornographie de l’inspiration » avec un soupçon de tragédie. Au lieu d’être loués pour des activités ordinaires comme faire l’épicerie, les personnes avec déficiences qui cherchent la mort deviennent des héros en combattant une société cruelle qui ne permettra pas une fin pacifique à leurs souffrances.
  • Parfois, le SA & E est présenté comme un sacrifice pour les êtres chers, pour les soulager du fardeau des soins et de témoigner du déclin de la personne. Il y a quelques problèmes avec ceci:
    • Mettre fin à sa vie ne devrait pas être considéré comme un acte intentionnel de bonté envers un autre.
    • Donner le contrôle des conditions de leur mort à certaines personnes ouvre la porte à la coercition des autres.
  • Il y a beaucoup de mythes sur les meurtres médicaux vendus sous le stéréotype « mieux mort qu’handicapé ». Tout d’abord, les gens ne sont pas « forcés de continuer à vivre ».  Que le SA & E soit légal ou non, les personnes avec déficiences peuvent se suicider (et le font). La personne « mieux morte qu’handicapée » dit « Mon existence est insupportable, alors je prends le contrôle de ma vie ». Mais en fait, la personne doit donner le contrôle aux législateurs pour établir les critères d’admissibilité, aux médecins pour décider s’elle répond aux critères d’admissibilité, à un pharmacien pour dispenser le médicament, et (dans le cas de l’euthanasie) à un autre médecin pour fournir l’injection létale.
  • Le stéréotype « mieux mort qu’handicapé » comporte des attentes déformées, comme l’a résumé Donald Low dans son plaidoyer posthume pour la légalisation du SA & E, lorsqu’il a dit: « Tu bois un cocktail et tu t’endors et tu le fais en présence de ta famille. »
    • Le SA & E ne garantit pas que la mort sera paisible et sans complications.
    • Cela ne signifie pas que la famille et les amis seront présents dans vos derniers moments, et que l’atmosphère sera aimante et harmonieuse.
    • Mourir par injection létale n’est pas « dériver lentement vers le sommeil. »
  • Comme la « mort dans la dignité », ce sont des euphémismes destinés à cacher la réalité du SA & E. En plus d’être ringard et sentimental, dire que la procédure mène à « s’endormir » tout simplement n’est pas vrai. La mort est permanente. La personne ne pourra pas ressentir la libération promise par les promoteurs du SA & E parce qu’ils n’existeront pas pour ressentir quoi que ce soit!
  • Un autre stéréotype se montre dans les reportages de conjoints âgés « dévoués » qui meurent à quelques heures d’intervalle, le mari aimant qui libère sa femme d’une maladie douloureuse en l’aidant à mourir, un meurtre-suicide, ou les pactes de suicide, tous offerts comme sommet de l’amour romantique. Les chercheurs ont constaté que derrière de tels événements se cache souvent une histoire de violence domestique, et les représentations romantiques dans la presse peuvent encourager la contagion du suicide.
  • Nous avons souligné la semaine dernière que les stéréotypes existent en partie pour maintenir l’ordre social. Nous sommes maintenant confrontés à un ordre social en évolution où la qualité de vie avec une déficience est diminuée par la pauvreté, l’isolement et l’institutionnalisation forcée, puis étiquetés comme insupportables. Les militants qui contestent ce système (comme J.J. Hanson) ne sont pas reconnus pour leurs efforts. Toute personne qui vit avec un handicap ou une maladie après avoir été « normale » risque d’être appelée « indigne ». D’un autre côté, les gens qui cherchent la mort sont loués et célébrés (comme Brittany Maynard) comme un nouveau type de héros qui reconnaît qu’ils sont « mieux morts que handicapées. » Qu’est-ce que cela dit de notre société?

UN REPORTAGE DE LA CBC SUR LE SUICIDE ASSISTÉ DANS LES PRISONS CANADIENNES

  • À la fin de février, la CBC a publié un reportage sur l’accès au suicide assisté dans les prisons canadiennes, après qu’un détenu dans une prison fédérale eut été le premier à mourir par euthanasie.  Les demandes posées par trois autres personnes ont été approuvées, mais pas encore réalisés. L’histoire a fait le tour d’internet au cours de la dernière semaine, et nous avons vu beaucoup de commentaires, mais aucune des réponses ne vient du point de vue des droits des personnes avec déficiences, alors nous avons pensé que nous devrions en discuter.
  • Ivan Zinger, un enquêteur du Service correctionnel du Canada, l’organisme qui surveille les prisons fédérales, a écrit une lettre au commissaire intérimaire de l’organisation, disant que les lignes directrices autorisant le suicide assisté en prison « enfreignent les obligations juridiques et éthiques du système. » Il propose que les détenus en phase terminale devraient plutôt « bénéficier d’une libération conditionnelle pour des motifs “d’ordre humanitaire et compatissant”. »
  • Les défenseurs des droits des personnes en situation de handicap parlent souvent d’institutions qui restreignent les libertés des personnes handicapées, habituellement ça fait référence aux maisons de retraite, où les repas, les douches et l’heure du coucher sont programmés pour le bien de l’établissement. Bien que les soins palliatifs soient censés être disponibles en prison, la réalité ne répond souvent pas aux normes de base: les services sont fournis trop tard pour être utiles, les visites des proches sont limitées et les professionnels de la santé hésitent souvent à administrer un analgésique adéquat.
  • Adelina Iftene, experte en droit carcéral à l’Université Dalhousie, s’inquiète que certaines personnes choisissent le suicide assisté comme une échappatoire à ces conditions horribles, soulignant qu’une personne ne peut consentir à l’aide au suicide si elle est soumise à des pressions externes (un argument que nous avons déjà entendu quelque part, n’est-ce pas?).
  • Nous ne pouvons ignorer le fait que les personnes de couleur et les Autochtones sont surreprésentés dans le système carcéral du Canada, en raison des nombreux effets du racisme systémique, et que la prison est devenue l’option résidentielle privilégiée pour des personnes ayant des problèmes psychiatriques parce que les ressources de santé mentale sont rares et sous-financées. Le suicide assisté ne fait rien pour lutter contre ces formes combinées de discrimination et d’oppression; plutôt c’est un autre signe que les traitements inhumains sont ignorés.