Introduction

Archive des Webémissions: Le choix n’est pas libre – Mme S.

Cette semaine: nous demandons si une personne devrait être relevée du devoir d'essayer d'améliorer sa qualité de vie, compte tenu des coûts sociaux de l'AMM

Archive des Webémissions: Le choix n’est pas libre – Mme S.

Pendant la pandémie COVID-19, nous ne présentons pas notre webémission en raison de problèmes techniques causés par une utilisation intensive d’Internet.  Pourtant, nous offrons le texte en forme de bulletin afin de diffuser les informations au point sur l’effet du suicide assisté, l’euthanasie et d’autres pratiques de fin de vie sur la communauté des personnes en situation de handicap.

LE CHOIX N’EST PAS LIBRE: MME S.

  • En juin 2016, juste au moment de l’adoption de l’aide médicale à mourir (l’AMM) au Canada, une femme de la Colombie-Britannique connue sous le nom de Mme S., atteinte de sclérose en plaques, a été évaluée pour l’AMM par la Dre Ellen Wiebe. Selon Jocelyn Downie, la Dre Wiebe a conclu que Mme S. satisfaisait à la plupart des critères d’admissibilité (problème de santé grave et incurable, état avancé de déclin des capacités et souffrance persistante et intolérable), mais le médecin ne croyait pas que Mme S. mourrait « dans un avenir prévisible », elle a donc été jugée inéligible.
  • Comme nous l’avons signalé en mars 2018, le rapport final du comité d’enquête du Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique a révélé que Mme S. souffrait de « névralgie du trijumeau et de symptômes gastro-intestinaux pour lesquels le traitement n’était que très peu efficace ». Ailleurs dans le rapport, un autre médecin a constaté que Mme S. avait refusé un traitement « potentiellement efficace ».
  • La Dre Wiebe a échangé des courriels avec Mme S. en décembre 2016 et janvier 2017, indiquant que « l’espérance de vie du patient n’était pas assez courte pour être admissible à l’aide médicale à mourir ». Puis à la mi-février 2017, Mme S a décidé de mourir par jeûne à la maison, avec les soins palliatifs.
  • Son mari a appelé la Dre Wiebe deux semaines plus tard, et la Dre Wiebe a rendu visite à Mme S. le 3 mars. À ce moment-là, la Dre Wiebe a déterminé qu’elle satisfaisait à tous les critères d’admissibilité et elle a été euthanasiée le 6 mars 2017.
  • Dans son rapport final sur la décision du 13 février 2018, le comité d’enquête a conclu que:
    • « l’AMM est destiné à être limité aux personnes qui déclinent vers la mort, leur permettant de choisir une mort pacifique, plutôt qu’une mort prolongée, douloureuse ou difficile ».
    • « Compte tenu de la norme qui précède, un patient ne peut être contraint de suivre un traitement qu’il ne considère pas acceptable ».
    • « Mme S. remplissait les critères requis et était en effet admissible à une aide médicale à mourir malgré le fait que son refus de recevoir des soins médicaux, de la nourriture et de l’eau ait sans aucun doute précipité sa mort et contribué à sa « prévisibilité raisonnable ». »
  • L’acte suicidaire de Mme S. met en évidence un défaut fondamental de l’aide à mourir; les gouvernements ont mis leurs efforts vers l’objectif de mettre fin à des vies, plutôt que de mettre fin à la souffrance. D’après les informations fournies, nous ne savons pas quels symptômes avait Mme S., comment sa famille et ses amis ont réagi à son incapacité, si elle bénéficiait du soutien de ses pairs, si elle avait reçu des soins spécialisés pour sa sclérose en plaques, quels traitement (s) avaient été essayés et si elle avait reçu des soins palliatifs et des services de santé mentale efficaces. Mais lorsque le gouvernement, en la personne d’un fournisseur d’euthanasie, penche la balance en faveur de la mort, il rend d’autant plus difficile la lutte pour bien vivre avec une déficience.
  • Dans le même temps, la conclusion de la politique publique de cette affaire est que la personne qui demande la mort ne devrait pas être chargée de l’obligation d’essayer d’abord d’améliorer sa qualité de vie. Cela pourrait avoir un sens si le suicide assisté et l’euthanasie (le SA & E) n’avaient aucun coût social. Mais il y a des coûts sociaux très importants, non seulement pour ceux qui choisissent de mourir, leurs familles et les professionnels de la santé, mais pour toutes les personnes dont la vie est dévaluée et mise en danger par la pratique.