Archive des webémissions: 18/06/22

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray, et Taylor Hyatt discutent:

  • La religion et l’incapacité : une relation tendue
  • Trois annonces

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

LA RELIGION ET L’INCAPACITÉ : UNE RELATION TENDUE

  • Cette semaine, nous parlons de la relation souvent difficile entre la religion organisée et les personnes avec déficiences. Les structures traditionnelles, les croyances et les attitudes de nombreuses religions (en anglais) se heurtent au modèle social du handicap (fondé sur les droits et l’autonomisation). De tels affrontements peuvent générer des conflits lorsque les défenseurs des droits des personnes avec déficiences et les croyants travaillent ensemble pour s’opposer au suicide assisté et à l’euthanasie (le SA & E). Taylor est très active dans son église (catholique), et une discussion qu’elle a suscitée la fin de semaine dernière a inspiré le sujet d’aujourd’hui.
  • Les religions abrahamiques, y compris le judaïsme, le christianisme et l’islam, sont issues de textes de l’Ancien Testament qui présentent trois idées majeures liées à l’incapacité:
    • Comme une punition pour un mauvais comportement, et un signe visible des défauts moraux de la personne;
    • En tant que souffrance (pour les personnes avec déficiences, nos proches et notre société), qui doit être enduré pour purifier les justes; et
    • Comme des objets de charité et un moyen pour les autres de se racheter.
  • Les personnes ayant des incapacités sont censées espérer la perfection physique promise au paradis, que nous recevrons en récompense d’un bon comportement dans cette vie. Nous devrions également accueillir toute opportunité d’être guéri pendant que nous sommes encore en vie.
  • La notion de l’incapacité comme punition, ou comme « leçon » pour les observateurs non handicapés, se poursuit jusqu’au christianisme dans le Nouveau Testament. Cela se manifeste de deux façons:
    • Premièrement, la « pornographie d’inspiration, » (la transcription est disponible en français) où une personne avec une déficience est louée et considérée comme héroïque pour supporter la souffrance quotidienne qu’est l’incapacité, et “oser” faire des activités ordinaires comme faire ses courses ou prendre l’autobus pour aller au travail.
    • Deuxièmement – le handicap est censé encourager les personnes non handicapées à compter leurs bénédictions; « Cela aurait pu être moi. » Cette phrase signifie que, si ce n’était que pour une intervention divine, le locuteur serait dans les mêmes circonstances minables que la personne (handicapée) sur laquelle il fait un commentaire, et devrait donc être reconnaissant.
  • Lorsque les personnes en situation de handicap font partie d’une communauté religieuse conservatrice, elles sont souvent perçues comme incapables de contribuer. Le seul rôle qu’ils peuvent jouer est le destinataire reconnaissant des bénédictions et des faveurs. Même l’idée chrétienne commune « d’être au service » d’une autre personne implique un service qui leur est fait; indépendamment de la façon dont la personne se sent à ce sujet. L’idée que l’aide n’est utile que si la personne la demande est rarement mentionnée dans le « ministère ». La notion que les personnes avec déficiences devraient être habilitées à affirmer nos propres besoins et à agir pour nous-mêmes va à l’encontre de notre rôle « d’enfants dociles de Dieu. »
  • L’esprit d’inclusion n’est pas toujours suffisant pour inciter les communautés religieuses à ouvrir leurs portes aux membres avec déficiences; de nombreux bâtiments anciens ne sont pas accessibles aux fauteuils roulants. Les églises, qui ne sont pas obligées de se conformer aux lois sur les droits des personnes avec déficiences, se traînent souvent les pieds pour améliorer l’accès, comme fournir des systèmes auditifs aux paroissiens malentendants, des livres de prières en braille et des rampes pour fauteuils roulants.
  • Dans la croyance traditionnelle chrétienne, juive et islamique, pour être qualifiée pour une vocation religieuse, la personne devait être physiquement parfaite. Les rôles actifs dans la communauté (en tant que prêtre, sœur, moine, imam, parent ou soutiens de familles) sont limités à ceux qui n’ont pas d’incapacité.
  • Le rôle passif des personnes avec des incapacités, combiné avec les aspects patriarcaux et autoritaires de la religion, signifie également que les opinions des personnes avec déficiences ont peu de poids, même dans les domaines qui nous touchent directement. Par exemple, Dans la congrégation de Taylor, la question s’est posée récemment: sommes-nous des « personnes avec déficiences » ou avons-nous des « défis physiques, intellectuels et émotionnels? » Les objections des paroissiens en situation de handicap à l’euphémisme « défis » n’étaient pas prises au sérieux par les dirigeants non handicapés, qui pensaient savoir mieux comment les personnes avec déficiences devraient être identifiées.
  • Ceux qui tentent de combler le fossé entre la perspective des droits des personnes en situation de handicap et les points de vue religieux traditionnels sur l’incapacité ont utilisé trois méthodes. Certains cherchent à réinterpréter les textes religieux afin qu’ils aient du sens dans le contexte d’aujourd’hui, certains rejettent simplement les passages gênants comme non pertinents aux temps modernes, et certains considèrent les écritures sacrées comme un produit de leur cadre historique.
  • Une autre source de friction dans le mouvement pour s’opposer au SA & E sont les politiques conservatrices et les opinions politiques de certaines communautés religieuses. Les questions qui sont importantes pour la communauté des personnes avec déficiences, comme l’accès aux soins de santé ou le soutien pour permettre aux gens de vivre de façon autonome, sont souvent ignorées ou rejetées par nos « alliés » dans la lutte. De même, les politiciens conservateurs s’engagent souvent dans une discrimination que les activistes avec des incapacités trouvent offensante, comme l’opposition aux droits civils pour les personnes LGBT.
  • Des tensions surgissent également lorsque les chefs religieux refusent de reconnaître que les arguments laïques et basés sur les droits (mis en avant par la communauté des personnes en situation de handicap) sont plus efficaces pour convaincre la population non religieuse majoritaire que les positions morales et théologiques. Au lieu de cela, ils s’appuient sur des arguments « du caractère sacré de la vie » qui équivalent à prêcher à des convertis, et qui font taire et négligent les personnes avec déficiences.
  • Le vieillissement de la communauté religieuse signifie qu’il y a moins de jeunes, et en particulier moins de jeunes membres avec déficiences de la communauté, pour réfuter les conceptions dépassées de l’incapacité et proposer des alternatives. Par exemple, certains des mythes les plus « tenaces » sur l’autisme sont perpétués par les personnes religieuses: que l’autisme est causé par les vaccins, et que l’autisme peut et doit être « guéri » (en anglais).
  • Heureusement, ce ne sont pas toutes de mauvaises nouvelles.
    • Un nombre croissant de personnes avec déficiences occupent des postes de direction dans leurs synagogues, (en anglais) leurs églises, leurs mosquées et leurs monastères (en anglais).
    • L’accessibilité dans les lieux de culte s’améliore lentement. Certaines congrégations utilisent la sonorisation des églises pour les fidèles avec des prothèses auditives, tandis que d’autres offrent des messes interprétées en langue de signes. Des rampes et des ascenseurs sont ajoutés à d’autres installations. Le traitement des personnes ayant une déficience intellectuelle commence également à changer, car les croyants s’éloignent des étiquettes comme « les enfants spéciaux de Dieu. »
  • Qu’ils ignorent, réinterprètent ou regardent les textes sacrés dans leur contexte historique, les théologiens handicapés doivent redéfinir ce que le handicap signifie dans toutes les grandes religions du monde. La première étape consiste à rompre le lien entre le handicap et le péché, la punition, le karma, la souffrance et l’échec moral. Une nouvelle conception du handicap, caractérisée par le respect mutuel et la reconnaissance de l’interdépendance, doit être adoptée et proclamée par tous les chefs religieux, et appliquée dans toutes les communautés religieuses.

TROIS ANNONCES

  • La webémission prend sa pause d’été et sera de retour le 24 août.
  • Deuxièmement, la ministre des Sports et des Personnes handicapées, Kristy Duncan, a déposé mercredi le projet de loi C-81, Loi visant à faire du Canada un pays exempt d’obstacles, également connu sous le nom de Loi sur l’accessibilité au Canada. Nous n’avons pas eu le temps d’évaluer le projet de loi, surveillez notre commentaire plus tard en août.
  • Enfin, le gouvernement du Canada a publié son troisième rapport provisoire sur le programme du suicide assisté et d’euthanasie jeudi. Le nombre total de personnes décédées dans le cadre du programme est de 3 714, qui semble un chiffre très élevé. Nous n’avons pas eu le temps de parcourir le rapport non plus; nous nous y attaquerons également en août.