Archive des webémissions: 18/05/11

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck et Christian Debray discutent:

  • Deux entrevues de la CBC, deux traitements de l’euthanasie

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

DEUX ENTREVUES DE LA CBC, DEUX TRAITEMENTS DE L’EUTHANASIE

  • La semaine dernière, l’émission anglaise de radio de la CBC, The Current, a abordé le suicide assisté dans deux épisodes distincts. Le 1er mai, l’animatrice, Anna Maria Tremonti, a interviewé les enfants de George et Shirley Brickenden. Les Brickenden étaient le premier couple au Canada à recevoir l’euthanasie en même temps; ils sont morts en mars.
  • Le 3 mai, Mme Tremonti a parlé à Ing Wong-Ward, une militante des droits des personnes en situation de handicap, directrice adjointe du Centre de ressource à la vie autonome [Centre for Independent Living] de Toronto (actuellement en congé) et ancienne productrice radio de la CBC. Mme Wong-Ward reçoit actuellement des soins palliatifs pour le cancer. Elle a été très ouverte au sujet de sa maladie et de son plan de ne pas demander le suicide assisté ou l’euthanasie (SA & E). Bien que les deux interviews aient porté sur des questions de fin de vie, leurs histoires ont été traitées très différemment.
  • Dans le cas des Brickenden, le journaliste n’a jamais remis en question l’hypothèse selon laquelle « l’aide médicale à mourir » n’était pas liée au suicide. Mme Tremonti n’a pas non plus contesté si le désir de suicide était « rationnel » ou si des mesures de prévention du suicide auraient dû être tentées. Leur âge (les Brickenden étaient tous les deux dans la quatre-vingt-dizaine), leur santé « déclinante » et leur besoin de ne pas vivre l’un sans l’autre, étaient donné comme raison suffisante pour justifier leur aide à se suicider.
  • Leurs enfants ont dit que les Brickenden souffraient constamment, mais ne se sont jamais plaints. Ils ont dit que George aidait souvent Shirley avec des tâches de soins personnels que son arthrite rendait impossibles. Il n’y avait pas de discussion sur la façon dont les services d’assistance personnelle, et un meilleur soulagement de la douleur aurait pu améliorer la qualité de vie du couple.
  • La mort des Brickenden a été dépeinte comme une version réelle de ces histoires romantiques où les couples amoureux meurent en même temps, mais dans ce cas, c’était arrangé. Les enfants des Brickenden ont dit que leurs parents avaient discuté de mettre fin à leurs vies (de « s’envoler ») ensemble pendant quarante ans!
  • L’idéalisation du suicide est l’une des pratiques découragées par l’Association canadienne pour la prévention du suicide et dans la publication « Comment parler du suicide dans les médias ». Les médias sont encouragés à faire preuve de retenue dans leurs reportages sur le suicide en raison du fait que d’autres personnes dans une situation similaire pourraient être « inspirés » à imiter ceux qui se suicident. Le programme de la CBC a violé d’autres directives de déclaration de suicide de l’Organisation mondiale de la santé tels que:
    • Normaliser le suicide – Le rapport souligne le grand nombre de personnes euthanasiées depuis que la pratique est devenue légale il y a deux ans. La réponse à l’histoire des Brickenden a été décrite comme « incroyablement positive. »
    • Glorifier le suicide – L’entrevue décrit la célébration de l’euthanasie par la famille et la page Web présente une photo de famille lors de leur « souper final. »
    • Présenter le suicide comme une solution aux problèmes – Les Brickenden ont été décrits comme épuisés, visitant l’hôpital plusieurs fois par semaine. Il n’y a pas eu de discussion sur le rôle des mauvais soins de santé ou de la gestion de la douleur dans l’induction de leurs suicides ni sur le potentiel de vêtements d’adaptation ou de services d’assistance personnelle pour permettre aux Brickenden de rester indépendants.
    • Décrire en détail la méthode utilisée ou le site du suicide.
  • La demande de M. Brickenden de mourir n’a été approuvée que lorsque son état de santé a décliné au début de l’année. Cela a été interprété comme un signe que les sauvegardes prévues par la loi fonctionnaient. Mais le fait que la mort de M. Brickenden ait été retardée ne signifie pas que les garanties l’ont protégé des pressions extérieures qui : limitaient ses choix, causaient les sentiments de dévalorisation, ou ont dégradé sa qualité de vie (soit par la coercition ou le manque de services et de soutiens nécessaires). Mme Tremonti a omis de mentionner le manque de surveillance et d’application des garanties en vertu de la loi canadienne, et que les violations des garanties ont déjà entraîné la mort de personnes inéligibles.
  • Quelques citations de la famille Brickenden se distinguent:
    • Pamela Brickenden a mentionné que « mourir avec dignité … c’est mieux qu’un suicide bâclé. » Un suicide « traditionnel » serait probablement plus désordonné, plus douloureux et traumatisant pour les êtres chers qui sont laissés derrière. Cette déclaration reconnait que le SA & E est, en fait, un suicide, en dépit des affirmations des défenseurs du contraire. Pourtant, personne ne mentionnait la prévention du suicide ou ne se demandait si le suicide était une réponse appropriée à la situation des Brickenden.
    • Toutes les objections possibles au SA & E ont été ignorées ou rejetées, en utilisant la défense du « choix individuel ». Dans sa seule contestation directe du récit des Brickenden, Mme Tremonti a demandé si une « perte de capacités physiques [ou] mentales », voulait nécessairement dire qu’une personne manquait de dignité. Pamela Brickenden a évité la question en disant: « Je pense que c’est un choix personnel. Je ne pense pas que ce soit pour tout le monde et ça ne devrait pas l’être. »
    • Les frères et sœurs ont cité le soutien des personnalités religieuses locales pour suggérer que même les objections morales au SA & E ne sont pas fermement tenues. Les arguments avancés par les défenseurs des droits des personnes avec déficiences n’ont même pas été enregistrés.
  • Même si son entrevue portait aussi sur sa situation individuelle, Ing Wong-Ward a reconnu les obstacles qui poussent les personnes en situation de handicap vers le « choix » du SA & E. Elle a souligné les militants américains des droits des personnes avec déficiences qui étaient arrêtés lorsque les manifestations contre les coupures à Medicaid, notant à quel point nous avons la vie facile au Canada en comparaison! Et comme beaucoup d’autres défenseurs des droits des personnes ayant des incapacités, Mme Wong-Ward a mentionné qu’elle ne voulait pas être considérée comme « inspirante » pour accomplir des tâches quotidiennes.
  • Lorsque la conversation a porté sur l’aide au suicide, Mme Tremonti a observé que « toutes les personnes qui répondent aux critères de l’aide à mourir ne verront pas que cela leur convient, » ce qui semble impliquer que le SA & E est devenue l’option « par défaut. » Pour des vieux, des malades et des personnes avec déficiences.
  • Mme Wong-Ward a expliqué qu’elle ne se sentait pas à l’aise avec l’expression « mourir dans la dignité, » car elle laisse entendre que les personnes qui ont besoin d’aide pour manger, utiliser la salle de bain ou communiquer manquent de dignité. La mort n’est pas « la seule façon de faire face aux limitations corporelles, » a-t-elle dit.
  • Elle a également appelé à « mieux comprendre » qui choisit de mettre fin à sa vie et pourquoi ils prennent cette décision. Par exemple, « les gens ne sont pas en mesure d’accéder aux soins palliatifs publics, aux hospices » ou à d’autres soutiens communautaires « en temps opportun ». L’isolement social entre en jeu également. Mme Wong-Ward est reconnaissante du soutien de sa famille et de ses amis.
  • À la fin de l’entrevue, Mme Tremonti a jugé nécessaire de dire que « Ing Wong Ward est l’une de ces personnes qui m’a fait pleurer. » Ce faisant, elle semble ne pas tenir compte de la préférence de Mme Wong-Ward de ne pas être considérée comme « Inspirante! »
  • Ces deux entrevues démontrent les problèmes continus liés aux reportages sur le SA & E.
    • Les journalistes ont une vision très superficielle de la question. Ils ne comprennent pas les causes potentielles d’abus et de coercition ou ne voient pas l’impact des barrières et de la discrimination sur le « choix » de mourir. Ils ne sont pas conscients du deux-poids, deux-mesures qui dit que les sentiments suicidaires des personnes âgées, malades et qui ont une déficience ne méritent pas une intervention de prévention du suicide.
    • Parce qu’ils se concentrent sur des cas individuels, les journalistes ne sont pas conscients des problèmes sociaux et politiques associés au AS & E.
    • Les journalistes continuent d’ignorer les lignes directrices sur le reportage des suicides lorsqu’ils parlent du SA & E, car ils acceptent la propagande des défenseurs du suicide assisté selon laquelle « le suicide assisté » n’est pas un suicide.
    • Le SA & E devient l’option par défaut pour les soins de fin de vie. Quand les gens décrivent favorablement le SA & E, on suppose qu’ils parlent au nom de la majorité, mais quand ils refusent le SA & E, leur choix est considéré comme inhabituel et « inspirant. »
  • Parce que les journalistes rencontrent rarement des personnes âgées, malades ou qui ont des déficiences dans les situations quotidiennes (en raison de la ségrégation continue), ils partagent les mêmes craintes, malaises et insécurités concernant l’incapacité que le reste de la population. En conséquence, le handicap est présenté comme « différent », « autre », soit effrayant, soit comme une source d’inspiration (indépendamment de la préférence de la personne)
  • Nous avons mentionné dans les webémissions précédents que la télévision et la radio peuvent fournir un havre pour les personnes non handicapées à affronter leur malaise face à des incapacités. Mais pour que cette stratégie fonctionne, le public doit recevoir des informations détaillées et précises sur les politiques qui nous touchent, surtout le SA & E.