Archive des webémissions: 18/03/09

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray et Taylor Hyatt discutent:

  • L’incapacité, les stéréotypes, et le suicide assisté

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

L’INCAPACITÉ, LES STÉRÉOTYPES, ET LE SUICIDE ASSISTÉ

  • Cette semaine, nous explorons les stéréotypes de l’incapacité, nous allons parler de ce que sont les stéréotypes, d’où ils viennent, de leur objectif et de leur évolution au fil du temps.
  • Une définition d’un stéréotype est une « idée [populaire] mais fixe et simplifiée » de quelque chose ou de quelqu’un, ayant souvent des connotations négatives. Puisque la plupart des médias sont produits par et pour la majorité non handicapée, l’incapacité est montrée de l’extérieur. Dans un article publié en 1992, Colin Barnes, spécialiste de l’incapacité, a identifié les stéréotypes les plus courants et les plus préjudiciables de la déficience dans la littérature, la télévision, la musique et le cinéma:
    • Pitoyable et pathétique. L’exemple parfait de ce stéréotype est Tim Cratchit de “A Christmas Carol” de Charles Dickens, mieux connu sous le nom de Tiny Tim. Ce stéréotype de l’enfant lourdement handicapé, mais courageux et joyeux a été surtout utilisé par les organismes de bienfaisance (dirigés par des personnes non handicapées) pour recueillir des fonds pour financer des recherches afin de trouver des remèdes pour les problèmes de santé, tels que la dystrophie musculaire.
    • Sinistre et maléfique. Dans les histoires pour enfants et la littérature pour adultes, vous pouvez toujours identifier le méchant, c’est celui avec le bossu / le cache-oeil / la cicatrice / la jambe de bois / la main prothétique, etc. Non seulement l’invalidité est un signe extérieur du caractère violent et méchant du scélérat, ça représente aussi son amertume d’être handicapé, ce qui le pousse à commettre des actes criminels. De la Bible au Capitaine Crochet à la plupart des méchants dans les films de James Bond, le mal est représenté par le handicap. Ce stéréotype a été utilisé à travers l’histoire pour justifier le meurtre et le mauvais traitement des personnes ayant une déficience visible.
    • Dépendante (et donc, un fardeau) pour les personnes non handicapées et la société. Selon ce point de vue, « les personnes avec une déficience sont incapables et doivent être “prises en charge” par des personnes non handicapées. » Ce stéréotype se concentre sur le modèle médical du handicap (les personnes avec déficiences en tant qu’objets de soins médicaux), où la « solution » est fournie par des professionnels de la santé, et les personnes handicapées n’ont aucune expertise dans la gestion de leur propre vie. Le modèle social du handicap, où les politiques publiques, les barrières environnementales et les attitudes se combinent avec la limitation fonctionnelle des personnes engendrant les handicaps.  Le modèle social reconnaît qu’avec des soutiens sociaux, les personnes avec déficiences peuvent « atteindre le même niveau d’autonomie et d’indépendance que les personnes non handicapées. » Le stéréotype fardeau et dépendance a été popularisé par le mouvement eugénique et se voit le plus souvent dans la couverture médiatique des meurtres de personnes ayant des incapacités. C’est aussi un moteur important du mouvement de suicide assisté et d’euthanasie.
    • La bête curieuse ou l’objet de ridicule. Que ce soit « l’Homme-Éléphant » ou M. Magoo, les personnes avec déficiences sont souvent montrées soit comme des monstres de la nature, ou comme des objets ineptes du ridicule. De Monty Python (théâtre Gumby) à Donald Trump, les humoristes et les politiciens font rire l’audience en se moquant des personnes avec déficiences. Un public qui regarde bouche bée ou rit de quelqu’un met de la distance entre lui et l’objet de son amusement. Il ne ressemble pas à la personne, ils n’ont aucune chance ni obligation de se renseigner sur le handicap auprès des personnes qui le vivent tous les jours. Encore une fois, le stéréotype permet aux personnes non handicapées de justifier le mauvais traitement des personnes en situation de handicap.
    • Super-invalide. Quand des personnes avec déficiences talentueuses sont considérées comme des exemples d’avoir « surmonté leur handicap » ou d’avoir des « capacités extraordinaires » dans des films comme « Une merveilleuse histoire du temps » ou « My Left Foot » ou « le Temps d’un Week-End », cela crée le stéréotype du « Super-invalide ». « La pornographie de l’inspiration » est la pratique connexe consistant à couvrir une personne ayant une incapacité d’éloges excessifs pour des activités ordinaires, comme aller faire des commissions ou travailler. Le stéréotype Super-Invalide établit une attente que toutes les personnes avec déficiences devraient être en mesure de réussir malgré leurs handicaps; il ne reconnaît pas les effets limitatifs de la discrimination et des obstacles. La pornographie de l’inspiration définit une norme de comportement pour les personnes handicapées; qu’ils devraient toujours être « courageux » et ne jamais se décourager ou se fâcher de la discrimination à laquelle ils sont confrontés. Sinon, ils pourraient tomber dans le prochain stéréotype …
    • Amer, apitoiement sur soi, son pire ennemi. Cette histoire commence avec une personne qui a de la difficulté à s’adapter à une nouvelle incapacité. Il a besoin d’une personne non handicapée pour l’aider à se sortir de l’apitoiement sur soi-même et de le mettre en voie vers l’acceptation et la productivité. Cela est montré dans des films tels que “Né un 4 Juillet”, “Passion Fish” et “Le Retour”. Le stéréotype donne à la société une excuse pour ignorer la frustration exprimée par les personnes handicapées face aux barrières et à la discrimination, la faisant passer pour un manque d’ajustement de la personne. Le stéréotype représente aussi la personne non handicapée comme un héros pour aider la personne avec déficience à voir la lumière. Il est intéressant de noter le changement dans ce scénario qui est devenu populaire au cours des 20 dernières années; le salut par le suicide assisté. La personne avec une déficience n’est plus obligée de « reprendre sa vie ». Une personne en situation de handicap héroïque (comme Maggie dans « Million Dollar Baby » ou Will dans « Avant toi » mourra plutôt que d’abandonner sa vision non handicapée de lui-même.
    • Sexuellement anormal. Si vous croyez les médias, les personnes avec déficiences sont soit asexuées, impuissantes (jusqu’à ce qu’elles soient aidées par une personne non handicapée), soit des prédateurs sexuels. La personne handicapée pathétique est toujours enfantine, sans sentiments, fonction ou besoins sexuels. Ce stéréotype s’applique plus aux femmes handicapées qu’aux hommes, qui sont souvent montrés comme amers et apitoyés sur eux-mêmes parce qu’ils ont perdu leur masculinité; c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’une femme non handicapée les aide à la récupérer en ayant des relations sexuelles avec eux. L’autre stéréotype est appliqué en particulier aux personnes ayant des déficiences cognitives et psychiatriques, c’est-à-dire une personne qui ne peut contrôler ses sentiments sexuels et constitue donc un danger pour le public, comme Erik dans le Fantôme de l’Opéra. La création de stéréotypes sur la sexualité d’un groupe minoritaire est une pratique courante de l’oppression, et a été utilisée pour justifier le meurtre, l’emprisonnement et l’institutionnalisation des personnes noires et handicapées au cours des siècles. Le stéréotype asexué a été utilisé pour justifier le “traitement Ashley” nommé pour une fille avec déficiences qui a subi une intervention chirurgicale pour l’empêcher de grandir.
    • Normal.  Dans les émissions télévisées telles que « Star Trek, la nouvelle génération », le handicap est présenté comme une partie normale et acceptée de la vie; tant que la technologie marche. Le personnage handicapé ne cherche pas de remède, n’a pas de puce sur l’épaule et n’est pas bizarre. Si les personnes handicapées sont « comme tout le monde », il n’y a aucune raison pour qu’elles soient maltraitées ou exclues de la société. Mais cela veut dire également que rien ne doit être fait pour changer les attitudes ou éliminer les obstacles. Le déni du handicap en tant qu’aspect important de l’identité a aussi de profonds effets sociaux et psychologiques.
  • Depuis l’étude du professeur Barnes, il y a 25 ans, des mesures importantes ont été prises pour éliminer les obstacles dans les transports, le logement et d’autres aspects de la vie quotidienne. Bien que ces développements aient amené plus de personnes avec une déficience dans la sphère publique, ils ont seulement provoqué un changement, et non une diminution, dans l’utilisation des stéréotypes.
  • Parce que nous sommes imprégnés d’imagerie négative, il est difficile de réaliser ou d’admettre que nous portons ces images avec nous. Le danger lié à l’aide au suicide survient lorsqu’une personne est atteinte d’une déficience à l’âge adulte, et applique soudainement tous ces stéréotypes négatifs sur l’invalidité à elle-même; cela rend le processus d’adaptation beaucoup plus difficile.
  • La solution à cette ignorance peut sembler simple à première vue: si les auteurs non handicapés ne peuvent pas bien faire les choses, les personnes ayant des incapacités devraient raconter leurs propres histoires. Mais comme les femmes, les gens de couleur, les autochtones, et les personnes LGBT, les personnes en situation de handicap sont confrontées à la discrimination lorsqu’elles cherchent à prendre leur place devant et derrière la caméra. Comme ces autres groupes l’ont découvert, se débarrasser des stéréotypes comme « la blonde écervelée » ou « l’Indien alcoolique » n’est pas facile, car ils sont utilisés pour maintenir le l’ordre social.
  • La semaine prochaine, nous parlerons davantage de la relation entre les stéréotypes, la violence contre les personnes en situation de handicap et la mise à mort médicale.