Archive des webémissions: 18/03/30

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck et Christian Debray discutent:

  • Comment le suicide assisté et l’euthanasie changent-ils la façon dont nous pensons – partie I
  • Le refus des traitements, de la nourriture et des fluides peut rendre une personne admissible au SA & E

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

COMMENT LE SUICIDE ASSISTÉ ET L’EUTHANASIE CHANGENT-ILS LA FAÇON DONT NOUS PENSONS – PARTIE I

  • Au cours des derniers mois, Taylor et Amy ont songé à faire une webémission sur les façons dont la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie (le SA & E) a changé notre façon de penser. Et voilà! Lors d’une conférence la fin de semaine dernière, Aubert Martin de Vivre dans la dignité a inclus ce thème dans son exposé. Alors, avec l’aide d’Aubert, jetons un coup d’œil sur les nouvelles façons de penser issues de l’adoption du SA & E.
  • « Le suicide assisté est un suicide (avec de l’aide) » devient « le suicide assisté n’est pas un suicide ». L’une des tendances récentes que nous avons remarquées parmi les professionnels de la prévention du suicide est l’adoption de la position de promoteurs du SA & E, selon laquelle le « suicide assisté » n’est pas vraiment un suicide. Les promoteurs du meurtre médical ont poussé ce changement de définition pendant 20 ans. Ils ont commencé par « adoucir » la langue, en utilisant des termes tels que « mourir dans la dignité » et « aide à mourir », au lieu du suicide assisté et l’euthanasie. Ils prétendent que le « suicide assisté » ne s’applique pas parce que la personne est déjà en train de mourir. Mais cela ne tient pas compte des nombreuses personnes ayant des incapacités non terminales qui sont admissibles aux programmes du SA & E (même s’ils ne sont censés s’appliquer qu’aux personnes en phase terminale).
    • Autrement dit, ils prétendent que le suicide assisté n’est pas un suicide parce que c’est seulement pratiqué sur les personnes malades et en situation de handicap. Le Centre canadien de prévention du suicide présente une infographie sur les différences entre le suicide et « l’aide médicale à mourir ». Mais les différences qu’ils décrivent n’existent pas ou découlent de la conviction qu’il vaut mieux être mort que d’avoir une incapacité. Selon l’infographie:
      • Les personnes suicidaires ne veulent pas mourir, ils veulent que la douleur cesse / Les gens qui demandent l’euthanasie « veulent hâter la mort, ils veulent que la souffrance de mourir s’achève. »
        • Ceci ne s’applique pas aux personnes ayant des incapacités non terminales.
        • Les raisons pour lesquelles les gens demandent le SA & E concernent principalement la perte d’autonomie et la détresse existentielle, et non la douleur physique.
      • Les suicides sont « souvent impulsifs, violents et perpétrés seuls » / l’euthanasie est « planifiée, pacifique et menée en présence de proches ».
        •  La seule raison pour laquelle l’euthanasie est « planifiée et pacifique » est parce qu’elle est approuvée par la famille et la société, à cause de la croyance qu’il vaut mieux être mort que d’avoir une incapacité.
      •  Les suicides « laissent les êtres chers avec un chagrin dévastateur » / l’euthanasie est « un processus délibéré incluant toutes les personnes impliquées ».
        • Les réactions des proches sont (encore) basées sur leurs croyances sur la qualité de vie avec une incapacité.
        • De plus, comparer la réponse émotionnelle des êtres chers avec un « processus délibéré » consiste à comparer des pommes à des oranges.
      • Les suicides “arrivent beaucoup plus souvent que » le SA & E / l’euthanasie « est relativement peu fréquente. »
        • Ce n’est pas vrai aux Pays-Bas,
        • Le nombre du SA & E augmente si vite qu’ils vont probablement rattraper et dépasser le taux de suicide.
    • D’autre part, les causes du suicide apparaissant sur le site “Mediresource” sont similaires à celles associées au SA & E (indiqué dans le rapport annuel de la Belgique de 2017).
      • La douleur émotionnelle ou physique insupportable / idem;
      • Les maladies mentales: la dépression, l’anxiété, le trouble bipolaire, la schizophrénie, la psychose / idem, plus l’angoisse, l’anorexie et la détresse existentielle;
      • La perte d’espoir ou désir de vivre / le désespoir, la fatigue de la vie;
      • Les difficultés à entretenir des relations personnelles avec les amis et la famille / la solitude et la peur de perdre les contacts sociaux;
      • Les pertes significatives: le deuil, la fin d’une relation importante, la perte d’emploi / Idem, plus le chagrin pour la perte d’autonomie et de fonction physique;
      • La perte d’estime de soi, des pensées négatives sur sa propre valeur / Idem;
      • La toxicomanie / Idem;
      • Des antécédents familiaux de suicide / voir des représentations médiatiques idéalisées du SA & E.
    • Si le SA & E ne sont pas un suicide, il s’ensuit que les mesures de prévention du suicide ne s’appliquent pas aux personnes qui demandent le SA & E.
  • Le suicide est mauvais, le suicide assisté est bon. Un changement connexe est que le suicide qui n’est pas aidé par un médecin est maintenant étiqueté comme particulièrement horrible ou tragique. Selon cette ligne de pensée, le SA & E sont les seules alternatifs civilisés à la souffrance intolérable (ce qui est assumé lorsqu’on a un handicap) ou un suicide violent et sanglant.
  • « Loué pour le courage de vivre » devient « Loué pour le courage de mourir. » Lors d’une webémission récente, nous avons parlé d’une autre façon dont le SA & E a changé notre façon de penser. Auparavant, nous célébrions les personnes avec déficiences pour leur « courage de continuer à vivre » malgré leur incapacité. La légalisation du SA & E a donné naissance à un nouveau héros handicapé, qui a le “courage” et la “détermination” de se faire tuer par un médecin. Comme nous l’avons mentionné, des gens comme Donald Low, Brittany Maynard et Gloria Taylor ont été félicités pour leur plaidoyer en faveur du suicide assisté. Pourtant, des gens comme J.J. Hansen et Maggie Karner, qui avaient tous les deux le même type de tumeur cérébrale qu’avait Brittany Maynard, ont été rarement mentionnés dans la presse ou sur les médias sociaux, car ils ont lutté pour vivre et ne pas mourir.
  • Les mesures de sauvegardes deviennent des obstacles à l’accès. Il y a deux types de protections dans les lois du SA & E, les critères d’éligibilité et les protections procédurales.
    • Les critères d’éligibilité concernent les personnes qualifiées pour SA & E. Ceux-ci comprennent:
      • l’âge,
      • la résidence,
      • la capacité de prendre des décisions,
      • la présence d’une incapacité ou d’une maladie,
      • la gravité de cette maladie,
      • si l’état de la personne s’est considérablement détérioré et/ou est en stade terminal (ou le décès est « raisonnablement prévisible »), et
      • si la personne « souffre » (tel que défini par la personne).
    • Les protections procédurales sont des mandats donnés aux médecins pour s’assurer que le processus d’approbation pour le SA & E est effectué correctement. Toutes les garanties procédurales sont mesurées par des normes subjectives (« s’assurer », « être d’avis de », « être convaincu ») plutôt que par des normes objectives; aucune preuve factuelle n’est requise. Le médecin ou l’infirmière doit:
      • Être d’avis que la personne remplisse tous les critères d’admissibilité.
      • Fournir un moyen de communication fiable aux personnes ayant des troubles de communication. (mais pas impartial ni efficace)
      • S’assurer que la personne a été informée de son état de santé, de son pronostic et des traitements disponibles (les soins palliatifs sont censés être mentionné, bien qu’il n’y ait aucune exigence qu’ils soient fournis).
      • S’assurer que la personne a été informée qu’elle peut retirer sa demande à tout moment,
      • S’assurer que le choix de la personne est informé et volontaire,
      • Être convaincu que le formulaire de demande a été rempli, daté, signé, et attesté.
      • S’assurer qu’un deuxième professionnel de la santé (indépendant) accepte que la personne remplisse les critères d’admissibilité,
      • S’assurer que dix jours se sont écoulés, (à moins d’accorder une exemption),
      • S’assurer que la personne donne son consentement exprès avant de l’administration de l’injection létale.
    • Les promoteurs du SA & E décrivent ces garanties comme « strictes » et « fortes ». Les opposants soulignent les nombreuses façons dont elles sont facilement et régulièrement contournées dans les lieux où le suicide assisté est légal.
    • Dans le cadre du point de vue selon lequel le SA & E devrait être un « droit », les promoteurs du SA & E se plaignent que les sauvegardes créent des obstacles injustes à l’accès pour les personnes qui veulent mourir. Ils prétendent que sans le SA & E, ces personnes sont condamnées, par la loi, à continuer de vivre, et donc de souffrir. Ce qu’exigent réellement les promoteurs du SA & E est un type particulier de suicide, et toute étape dans le processus pour satisfaire à cet objectif est identifié comme un obstacle, peu importe son utilité pour la protection des personnes et la prévention des abus.
  • La semaine prochaine, nous parlerons d’autres façons que le SA & E a changé la manière dont nous pensons à la mort. Si vous avez des idées ou des suggestions, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à info@tv-ndy.ca.

LE REFUS DES TRAITEMENTS, NOURRITURES ET FLUIDES PEUT RENDRE UNE PERSONNE ADMISSIBLE AU SA & E

  • Dans un rapport rendu le 13 février 2018, le Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique a décidé qu’une femme qui refusait un traitement médical, de la nourriture et des liquides était correctement jugée admissible à l’euthanasie.
  • Mme S. était une femme de 56 ans atteinte de sclérose en plaques lorsqu’elle a été jugée inadmissible au SA & E en juin 2016 par la Dre Ellen Wiebe parce que sa mort n’était pas « raisonnablement prévisible ».  Suite à un échange par courriel en décembre 2016 et janvier 2017 Mme S. a reposé sa demande pour le SA & E le 3 mars de 2017, après avoir refusé le traitement médical, de manger et de boire pendant deux semaines. À ce moment-là, le Dr Wiebe, un autre médecin et un infirmier à domicile, ont convenu que « la malnutrition et la déshydratation importantes étaient incompatibles avec la survie ».
  • Le coroner de la Colombie-Britannique craignait que la décision de Mme S de refuser un traitement potentiellement efficace aurait pu contribuer à la nature sérieuse de sa maladie et au déclin de sa condition.
  • L’Ordre des médecins de la C.-B. a cité l’article du projet de loi C-14 qui stipule que la personne doit éprouver « des souffrances physiques ou psychologiques persistantes qui lui sont intolérables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu’elle juge acceptables. » Il affirme « qu’un patient ne peut pas être forcé de prendre un traitement qu’il ne considère pas acceptable … »
  • C’est la première approbation écrite que nous avons vue pour la pratique de refuser un traitement, de s’affamer et de se déshydrater afin de se rendre admissible au SA & E. Cette décision va être utilisé pour accéder au SA & E par d’autres personnes dont le décès n’est pas « raisonnablement prévisible ».