Archive des webémissions: 18/02/23

Dans cet épisode de l’Euthanasie et l’incapacité, Amy Hasbrouck, Christian Debray et Taylor Hyatt discutent:

  • « La vulnérabilité » et le suicide assisté
  • La journée de deuil des personnes avec déficiences le 1er mars

Veuillez noter que ceci n’est qu’un script et notre webémission inclut des commentaires additionnels.

« LA VULNÉRABILITÉ » ET LE SUICIDE ASSISTÉ

  • Cette semaine, nous examinons l’idée de « vulnérabilité »: qu’est-ce que c’est? Quel rapport y a-t-il avec l’incapacité?  Et comment la définition de « vulnérable » a changé en réponse à la légalisation du suicide assisté.
  • La vulnérabilité est liée au suicide assisté et à l’euthanasie (SA & E) parce que la Cour suprême a déclaré que les personnes vulnérables doivent être protégées contre la persuasion de se suicider en moment de faiblesse. Dans ses présentations sur le sujet, Catherine Frazee, une spécialiste des questions d’incapacité et professeure émérite à l’Université Ryerson, a dit que tout le monde est vulnérable à certains égards, mais certaines situations peuvent rendre les gens particulièrement vulnérables, elles comprennent:
    • Être sans-abri, dans une institution, ou ne pas avoir suffisamment d’argent pour vivre;
    • Ne pas avoir d’amis ou de famille qui vous soutiennent;
    • Être malade ou avoir de la douleur; et
    • Avoir une maladie mentale ou une faible estime de soi.
  • Mme Frazee dit que des « amortisseurs » peuvent aider à prévenir la vulnérabilité, tels que:
    • Avoir de bonnes relations sociales;
    • Être entendu et respecté;
    • Avoir une résidence sûre et de quoi vivre; et
    • Avoir les services et les soutiens nécessaires pour contrôler sa vie.
  • Ces amortisseurs nous empêchent de ressentir constamment notre vulnérabilité et nous donnent de la résilience, en ce sens qu’ils nous aident à « rebondir » après les passes difficiles.
  • Lorsqu’un de ces amortisseurs est affaibli ou absent, « nous subissons notre vulnérabilité à pleine force », dit Mme Frazee. Par conséquent, les gens sont rendus vulnérables. Contrairement au stéréotype, la vulnérabilité n’est pas un trait « intégré » que certains groupes de personnes ont ou n’ont pas.
  • Le lien entre la vulnérabilité et l’incapacité vient « du désavantage social … de l’exclusion et de la discrimination. » Le désavantage créé par les préjugés et le manque d’accessibilité auquel sont confrontées les personnes handicapées accroît les situations qui mènent à la vulnérabilité, par exemple, la pauvreté, l’itinérance, l’isolement, l’abus, ou la coercition.
  • Cette exclusion et dévaluation constante fatiguent les gens, rendant plus difficile une bonne réponse « au choc, au stress ou au traumatisme. » Si la société n’apprécie pas ou ne soutient pas la vie de la personne, elle est aussi moins susceptible de s’apprécier et perd rapidement l’espoir.
  • Catherine Frazee note que la détresse rend une personne plus susceptible d’être encouragée à mettre fin à ses jours. Ces incitations viennent sous la forme de motivations positives, telles que « d’avoir la promesse … que vous serez honoré pour votre sacrifice, on se souviendra de vous pour votre courage » et vous serez apprécié.  Les incitations négatives sont : être amené à se sentir « honteux, dévalué, impuissant, rejeté (ou autrement) dépouillé de sa dignité » ou comme un fardeau. De plus, la « souffrance » qu’attribuent souvent les défenseurs du suicide assisté à leurs problèmes de santé peut en fait être une « lutte » pour mener une vie « satisfaisante » dans une société qui dévalorise et exclut les personnes en situation de handicap.
  • Le professeur Mme Frazee dit que nous devons « traiter chaque demande sérieuse de mourir comme une urgence » et « faire une évaluation urgente de la vulnérabilité du demandeur ». Pour les personnes considérées comme « vulnérables », la société doit mettre en place les services et soutiens nécessaires pour fournir des amortisseurs et rétablir la résilience de la personne face à l’incapacité et à la maladie en phase terminale.
  • Mme Frazee conclut que l’accès au suicide assisté « doit être limité aux personnes dont … les actifs matériels et sociaux (c’est-à-dire le privilège) … les protègent complètement de toute forme de vulnérabilité humaine, et les personnes en phase terminale dont la mort est imminente. » Même alors, « un suicide assisté ne doit être rendu disponible qu’après la mise en œuvre d’un plan détaillé et individualisé de soins palliatifs de qualité ».
  • Le professeur Mme Frazee a servi de conseiller auprès la coalition de la Norme sur la protection des personnes vulnérables (NPPV), une série de recommandations au Parlement concernant la législation du Canada sur le SA & E. La Norme vise à protéger les personnes dont la situation les expose à un risque accru de pression pour mettre fin à leurs jours. La norme était censée s’assurer que tous les domaines potentiels de vulnérabilité et les motivations au SA & E étaient abordés avant qu’une demande de décès ne soit accordée. Selon la coalition NPPV, « [l]a loi canadienne sur l’aide médicale à mourir se conforme parfaitement à trois des exigences de la NPPV, est partiellement conforme à huit des exigences et n’est pas conforme à cinq des exigences ».
  • Depuis que le SA & E ont été légalisés, la définition d’une personne « vulnérable » semble changer. Une personne est maintenant considérée comme « vulnérable » si elle ne peut accéder facilement et rapidement au SA & E, comme le montre l’affaire de la Cour divisionnaire de l’Ontario dont nous avons discuté le 2 février. Plus précisément, la Cour a conclu que sans la politique de référence obligatoire de l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario, il y aurait « un risque réel de privation d’accès équitable aux soins de santé, en particulier pour les membres les plus vulnérables de notre société ».
  • Il semble que beaucoup d’efforts sont déployés pour améliorer l’accès au suicide assisté, ce qui est considéré comme un exercice de liberté personnelle. Dans le même temps, le manque de liberté et de ressources à la disposition des personnes handicapées – la véritable cause de la vulnérabilité – est ignoré.

LA JOURNÉE DE DEUIL DES PERSONNES AVEC DÉFICIENCES LE 1ER MARS

  • Lorsqu’une personne en situation de handicap est tuée par son parent ou son aidant, la société détourne souvent le regard. Le système légal donne des peines légères aux assassins, concluant que l’homicide est en quelque sorte justifié par le stress de prendre soin d’une personne avec une déficience. La couverture médiatique, elle aussi, occulte le fait que la vie de quelqu’un a été violemment interrompue; ils accordent plus d’attention au sort du parent non handicapé dont la vie est « limitée » par l’incapacité de la personne. C’est encore une autre façon de dévaloriser la vie des personnes avec déficiences.
  • Depuis 2012, le Réseau d’autodéfense autistique (en Anglais, the Autistic Self-Advocacy Network – ASAN), Not Dead Yet, et d’autres organisations de défense des droits des personnes en situation de handicap ont commémoré les personnes ayant des incapacités tuées par leurs parents et leurs soignants dans le cadre du Jour de deuil des personnes handicapées. Des événements commémoratifs ont lieu le 1er mars. Ces rassemblements sont destinés à :
    • Attirer de l’attention du public sur les décès;
    • Condamner l’apathie du système judiciaire,
    • Contrer les représentations médiatiques négatives des victimes handicapées;
    • « Exiger la justice et la protection égale devant la loi pour toutes les personnes handicapées »; et
    • Envoyer le message que « la déficience n’est pas une justification pour la violence. »
  • Selon l’ASAN, plus de 550 personnes ayant des incapacités ont été assassinées par des parents ou des soignants depuis le début des veilles.
  • Une liste de sites de vigile (y compris au Canada) est disponible sur le site Web d’ASAN, en Anglais. Nous encourageons tous ceux qui peuvent y assister en personne, et nous espérons qu’ASAN tiendra une nouvelle vigile virtuelle cette année via leur page Facebook, pour ceux qui n’ont pas d’événement dans leur région.
  • Pour de plus amples renseignements sur cette question, consultez le site Web du Jour de deuil à disability-memorial.org.