24 HEURES À L’URGENCE: EST-CE QUE LE SYSTÈME DE SOINS DE SANTÉ EST PRÊT POUR PROJET DE LOI 52?

Cette fin de semaine j’ai eu l’occasion de me demander si le système de santé québécois sera en mesure d’ éviter des morts inutiles dans le cadre du projet de loi 52 qui permettrait l’euthanasie.  J’ai accompagné mon mari qui a passé 24 heures à l’urgence à l’hôpital local.  Notre expérience assez typique, même si elle n’était pas trop négative, a soulevé beaucoup de questions.  Je me demandais comment un système de santé qui est surchargé, avec du personnel qui est accablé, dans des établissements qui sont surpeuplés, peut mettre en œuvre les garanties nécessaires pour protéger les personnes contre les abus de l’euthanasie.

Le 9 février à 16h45 mon mari, qui souffre de douleurs chroniques dans le dos et aux genoux, a été soudainement pris d’une douleur à la hanche pire qu’une fracture ou une pierre au rein.  Il a pris ses analgésiques sur ordonnance pour les maux de dos extrême (pas d’effet) et j’ai appelé l’ambulance.  Une fois à l’hôpital, il a été mis sur une civière dans une alcôve.  Il était 17h30.

J’ai demandé à deux employés quelque chose pour sa douleur.  On m’a dit qu’une infirmière viendrait dès que possible.  L’eau a été refusée par le personnel puisqu’un médecin devait le voir d’abord.  À 18h10, mon mari a avalé plus de ses analgésiques secs.

Peu de temps après, une infirmière lui a donné une injection de Dilaudid.  Il avait été à l’agonie pendant 90 minutes, plus de la moitié de ce temps à l’hôpital.  J’ai pensé, « Est-ce que ce système de soins de santé peut gérer la douleur qui rendrait admissible les Québécois à l’euthanasie? »

Vers 21h30 l’effet du Dilaudid a commencé à s’estomper.  Une préposée a aidé mon mari à se déshabiller pour les rayons X et l’examen médical.  Ses mouvements brusques et rapides ont augmenté la douleur à un très haut niveau.  Il a reçu encore des analgésiques.

Le médecin est venu à 22h pour effectuer un bref examen.  Lorsque la préposée à amené mon mari pour un rayon X, elle lui reprocha sa demande pour qu’elle prenne soin de ne pas heurter la civière.

Après cela, je me suis assis avec lui jusqu’à ce qu’il commence à se détendre.  Je suis ensuite rentré pour dormir, dans l’espoir qu’il recevrait sa prochaine dose d’analgésique.

Quand je suis revenue le matin, la douleur de mon mari avait diminué.  Un autre médecin lui a dit que les rayons X étaient normaux.  Après le petit déjeuner, un troisième médecin lui a demandé d’essayer de s’assoir et a énuméré les médicaments qu’il avait prescrits pendant une visite de 30 secondes.  Mon mari était en mesure de s’asseoir, mais ne se supportait pas.  Nous n’avons pas appris si, quand et comment il serait permis de rentrer, ou avec quel soutien.

Vers 10h30 sa civière a été déplacée dans un couloir pour libérer l’alcôve pour quelqu’un d’autre.  Il rejoint les plus de 20 personnes dans les couloirs, débordant les capacités de l’installation et du personnel.

Certains des patients âgés semblaient familiers à l’équipe, d’autres semblaient en détresse physique ou émotionnelle, plusieurs n’avaient personne pour les accompagner.

Le personnel était toujours en mouvement.  La grande majorité était gentille et serviable, tout le monde était surchargé.  L’installation était aussi propre que possible, étant donné le nombre de personnes qui passait.

Plus tôt cette année, le Journal de Montréal et TVA Nouvelles ont rapporté que le service d’urgence à l’Hôpital du Suroît à Valleyfield était surchargé.  L’unité d’urgence est conçue pour accueillir 22 personnes, il y avait plus de deux fois ce nombre cette fin de semaine.  Cette situation est tellement chronique que les couloirs ont des numéros sur les murs pour indiquer où les civières occupées sont garées.  Quelques-uns ont des rideaux pour respecter l’intimité, la plupart n’en ont pas.

Geneviève Boileau du CSSS Suroît a été cité par TVA disant que le débordement est largement dû à l’absence d’options de soins de longue durée pour les aînés, qui occupent des lits de soins actifs qui seraient autrement disponibles pour les personnes qui arrivent dans le service d’urgence.  Je me demandais comment la qualité de vie de ces personnes pourrait être améliorée en ayant des services de soutien chez eux.

Après le diner, mon mari se leva à nouveau brièvement et fit quelques pas hésitants, mais ne pouvait pas aller aussi loin que les toilettes.  J’ai demandé à la réceptionniste si quelqu’un pouvait lui apporter ses médicaments, qu’il n’avait pas eus depuis plus de quatre heures.  Une infirmière a déposé les pilules sur sa table une demi-heure plus tard, après les avoir demandés de nouveau.  La réceptionniste ne savait pas quand un médecin pourrait voir mon mari.

À 16h30, mon mari était capable de marcher à la salle de bain assistée par une marchette, que nous avons demandé.  Vers 17h, j’ai demandé à nouveau si, quand et comment mon mari serait en mesure de rentrer à la maison.  On m’a dit qu’une infirmière aurait à prendre cette décision après être venue le voir.  Une heure plus tard, une infirmière a affirmé que mon mari était libre de partir parce qu’il pouvait marcher jusqu’à la salle de bain.  L’infirmière nous a confirmé que le médecin n’a pas prescrit de la physiothérapie ou de chiropractie.

Je me suis demandé ce qui se passe pour les gens qui n’ont pas quelqu’un avec eux, pour s’assurer qu’ils obtiennent leurs médicaments contre la douleur, de l’eau, une marchette, etc.

Je me demande comment l’ambiance d’usine à l’hôpital affecte le moral du personnel et l’estime de soi des patients.  Peut-on vraiment être sûr que le système de santé et de services sociaux ne rend pas la vie insupportable pour les personnes, puis les tue parce qu’ils souffrent?